Transhumance à l'Aigoual : l'herbe moins verte, le climat inquiète
Transhumance à l'Aigoual : l'herbe moins verte, le climat inquiète

Ce dimanche, trois troupeaux ont animé la fête de la transhumance à Val-d'Aigoual, dans le Gard. Un moment joyeux mais qui ne doit pas cacher les difficultés toujours plus importantes de la filière ovine.

Une fête populaire pour la montée en estive

On ne sait pas vraiment qui, des brebis ou du public, a effectué sa transhumance ce dimanche à Val-d'Aigoual. Comme chaque année, un nombre important de fidèles ou de curieux est monté jusqu'à L'Espérou, à 1 230 mètres d'altitude, pour la fête du même nom et admirer les troupeaux allant prendre leur quartier d'été. Thomas est ainsi venu de Montpellier en famille. "Mes filles adorent voir les brebis", dit-il, au moment où celles-ci pénètrent dans leur enclos d'un jour, offrant un concert de sonnailles et de "Bêêêê", avant de se jeter sur l'herbe fraîche.

C'est Pierrick Garmath qui guide les dernières arrivées, venues de Valleraugue, 1 000 mètres plus bas. L'éleveur est parti avec ses bêtes la veille, passant par la stèle André-Chamson et le col de la Luzette pour parvenir à L'Espérou, après une dizaine de kilomètres de marche. "Mes 450 brebis ont rejoint deux autres troupeaux, l'un venu de Valleraugue également, l'autre d'Arrigas, soit 1 200 bêtes que nous allons amener un peu plus loin, dans la vallée de la Dourbies, où nous avons une coopérative, La Rayole, avec quatre estives différentes", décrit-il.

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Mutualisation et diversification

Cette mutualisation permet de recruter un berger qui va veiller sur les trois troupeaux, libérant du temps aux éleveurs pour faire les foins ou gérer la culture d'oignon doux des Cévennes – 1 ha pour Pierrick Garmath –, diversification oblige.

"Même à 1 300 mètres, l'herbe est moins dense"

Les brebis, elles, vont prendre leur quartier d'été à 1 300 mètres d'altitude, notamment près du merveilleux lac des Pises. Un lieu de villégiature qui a surtout pour but de profiter de la ressource herbagère, forcément de meilleure qualité qu'à 350 mètres. "En bas, il fait trop chaud, mais même ici cela devient compliqué. On a eu un printemps très sec, l'herbe n'est donc pas très dense. On commence à subir le réchauffement climatique, au point qu'on se demande si, à terme, il ne faudra pas aller ailleurs l'été", peste l'éleveur, aussi président du syndicat des producteurs ovins du Gard.

Pédagogie et plaidoyer

Le dérèglement climatique, c'est l'une des nombreuses difficultés que la profession doit aujourd'hui affronter. Pour lui comme pour ses pairs, cette fête de la transhumance est donc aussi l'occasion de faire œuvre de pédagogie auprès du public. Sur son stand de la fédération des groupements pastoraux du Gard et de la Lozère, Christine Gros défend ainsi l'écobuage, ô combien nécessaire pour le pastoralisme, ce que le profane a parfois du mal à comprendre. "C'est une pratique agricole ancienne, encore utilisée aujourd'hui pour entretenir les espaces naturels. Cela permet de brûler, de manière contrôlée, les végétations sèches et de régénérer la nature. En éliminant les broussailles trop denses ou vieillissantes, on permet à de nouvelles pousses de se développer, plus riches et plus nutritives pour les troupeaux", décrit-elle.

Les brebis ne sont pas les seules gagnantes. Cela permet de maintenir les milieux ouverts, ce qui favorise les activités touristiques ou de loisirs. "Notre activité permet, sur l'Aigoual et plus globalement dans les Cévennes, le maintien de paysages qui ont été honorés par l'Unesco", rappelle encore Christine Gros.

Prédation et aides européennes

La fête est l'occasion de faire passer des messages. Aux élus aussi venus nombreux pour la transhumance, elle a donc listé les autres sujets qui fâchent : la prédation du loup plus intense, la lutte permanente pour conserver les aides européennes, "à l'époque pensées pour maintenir une nourriture de qualité plus accessible pour le consommateur", rappelle-t-elle. Les messages sont passés… en espérant qu'ils seront entendus.

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Démonstration de tonte et races menacées

Pendant ce temps, et parce que la journée doit tout de même rester festive, le public s'est massé autour de l'atelier de démonstration de tonte, réalisée par Mario, l'habile berger qui veillera sur les 1 200 brebis tout au long de l'été. Pendant que les bêtes, placides, le laissent ôter la laine d'hiver, Pierrick Garmath détaille au micro les spécificités des trois troupeaux. "Deux sont composés de Caussenardes des garrigues, une espèce inscrite en race menacée car l'effectif compte très peu de têtes en France". À peine 4 000.

Celles qui sont montées sur les hauteurs de l'Aigoual vont y rester paisiblement pendant tout l'été, avant de redescendre début septembre pour agneler. Des bébés que le public retrouvera en juin 2027 lors de la prochaine transhumance.

Pour prolonger, le Climatographe – Observatoire de l'Aigoual, a lancé ce dimanche et jusqu'au vendredi 19 juin son université d'été sur le thème "Pastoralisme et climat". Conférences, ateliers et animations sont au programme.