Le Salon international de l’élevage (Space) ouvre ses portes mardi 15 septembre à Rennes, dans un contexte de tension extrême pour les éleveurs. Après un été marqué par la sécheresse et 53 jours cumulés de vague de chaleur, une durée inédite, les éleveurs de vaches et d’ovins estiment à plus de 5 milliards d’euros le surcoût lié au manque de fourrage pour l’hiver. Ils dénoncent des aides gouvernementales jugées insuffisantes.
Un été dévastateur pour les cheptels
Les conséquences de cet été éprouvant sont lourdes pour les animaux. Des millions de volailles sont mortes, la mortalité des truies et des veaux a augmenté, et le poids des porcs a baissé. Chez les vaches laitières en stress thermique, la production de lait a souffert, ce qui a également affecté la qualité des fromages. La pousse des prairies à fin août était inférieure de près de 40% à la moyenne de la période 1989-2018, et les récoltes de céréales, notamment de maïs destiné à l’alimentation animale, sont en chute libre.
Face à cette situation, le gouvernement envisage de solliciter ses voisins européens pour importer du fourrage si les stocks se révélaient insuffisants. Mais les éleveurs craignent une explosion des prix, insoutenable pour leur trésorerie. Ils ont dû faire face à une charge de travail accrue : travail de nuit, allers-retours aux champs pour abreuver et nourrir les bêtes, descente d’alpage précoce face au manque d’herbe. À cela s’ajoute le stress de voir leurs animaux souffrir et la crainte de devoir les envoyer à l’abattoir dans les mois à venir faute de nourriture.
Des aides jugées insuffisantes
Le gouvernement a annoncé porter le fonds d’indemnisation de solidarité nationale (ISN) à 520 millions d’euros pour le reste de 2026, soit un peu moins de 400 millions d’argent nouveau. Ce fonds permet d’indemniser les agriculteurs assurés pour les pertes de récolte et de prairies, et dans une proportion moins importante, les non-assurés quand les pertes dépassent 50% pour les grandes cultures et 30% pour les prairies. Cependant, pour nombre d’éleveurs et leurs représentants syndicaux, le système d’évaluation des pertes de prairie grâce à des mesures par satellite est « dysfonctionnel » et doit être complété par des mesures sur le terrain.
Les associations spécialisées dans l’élevage de ruminants de la FNSEA, syndicat dominant, demandent une aide de 300 euros par gros bovin et se disent « sacrifiées par un plan qui les ignore ». Les éleveurs laitiers en appellent aussi aux industriels pour revaloriser le prix du lait payé aux éleveurs, qui a décroché depuis le début de l’année. La fédération des industriels laitiers privés, au premier rang desquels Lactalis et Danone, a jugé cette semaine que ses marges étaient insuffisantes pour répondre à cet appel, soulignant que le prix payé en France restait supérieur à celui de plusieurs voisins européens. Tous ont appelé grande distribution et consommateurs à accepter une revalorisation des produits pour mieux rémunérer les agriculteurs.
Un salon sous le signe de l’eau et du budget
En choisissant l’eau comme thème de l’édition 2026, « on ne pensait pas être dans une actualité aussi forte », a déclaré début septembre le président du Space, Didier Lucas, après les sécheresses estivales et un mois après l’adoption de la loi d’urgence agricole prévoyant le doublement du stockage d’eau pour l’agriculture d’ici 2035. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard inaugurera l’événement, avec une bataille en tête, celle du budget 2027, qui sera présenté le 30 septembre et doit comporter les mesures destinées au « rebond » de l’agriculture et à son adaptation, après le plan d’aide d’urgence dévoilé début septembre.
Le gouvernement pourrait agiter la menace de la colère agricole pour essayer de faire adopter le texte. À sept mois de l’élection présidentielle, plusieurs candidats ont aussi prévu de défiler entre les stands du salon. En 2025, c’est le sanitaire qui avait occupé tous les esprits au Space avec les crises de la dermatose nodulaire contagieuse et de la fièvre catarrhale. En coulisses, une grande réforme de la gestion des maladies animales, prévue par la loi autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance sur le sujet, fait débat.



