Sécheresse dans le Biterrois : les vignerons espèrent la pluie
Sécheresse dans le Biterrois : les vignerons espèrent

Les vignerons du Biterrois scrutent le ciel avec anxiété. À l'approche des vendanges, attendues pour la grande majorité des domaines autour de la mi-août, la sécheresse qui s'installe depuis des semaines fait peser une lourde menace sur les vignes. Dans le Saint-Chinianais, le tableau est déjà critique : les baies restent petites, le feuillage brûle et se dessèche. Yves Borel, président de la cave coopérative locale, donne le ton : « Il faut vraiment qu'il pleuve. Depuis le mois de mai, on n'a quasiment pas eu une goutte d'eau… »

Sur l'appellation Saint-Chinian, les viticulteurs sont très peu équipés pour irriguer. Résultat, la vigne subit de plein fouet le stress hydrique. « Les baies sont très petites, assure Yves Borel. On va attendre encore la fin de la véraison – le changement de couleur des raisins – pour voir réellement où nous en sommes. Mais s'il y a encore un mois on était très bien, là, je le répète, il faut qu'il pleuve. »

Des vendanges avancées d'une semaine

Dans l'attente d'une pluie salvatrice, les viticulteurs doivent composer avec un calendrier bouleversé. Les vendanges de l'appellation Saint-Chinian devraient débuter après le 17 août, soit une semaine plus tôt qu'en 2025. Cette précocité s'explique par la chaleur accumulée et le manque d'eau, qui accélèrent la maturation tout en réduisant le volume des baies.

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À quelques kilomètres de là, dans le Faugérois, le constat est moins alarmant. Au domaine Ollier-Taillefer, à Fos, Françoise Ollier-Taillefer reconnaît que les baies sont petites, mais elle veut rester confiante. « Le feuillage est très beau, explique-t-elle. Il permet aux grappes de raisin d'être abritées et cela crée de véritables usines à sucre pour le raisin. Chez nous, la vigne n'a pas l'air de trop souffrir car les racines descendent profondément dans les schistes où poussent nos vignes et trouvent de l'humidité alors qu'il y a une grosse sécheresse en surface. »

Le Faugérois reste sous surveillance

Mais les réserves d'humidité du sous-sol ont leurs limites. « Bon, il est évident que s'il refait un épisode de grosse canicule, cela pourrait devenir catastrophique », prévient Françoise Ollier-Taillefer. La vigneronne, qui envisage d'attaquer les vendanges lors de la dernière semaine du mois d'août, attend avec impatience une pluie durable. « Et pas seulement quelques gouttes », ajoute-t-elle, reprenant l'expression de nombreux vignerons du cru.

En bord de mer, la situation est différente grâce à l'irrigation. La cave Alma Cersius, qui regroupe les territoires d'Hérépian, Puimisson, Villeneuve-lès-Béziers, Cers et Portiragnes – soit 1 700 hectares et 170 coopérateurs – voit ses vignes littorales alimentées par l'eau du canal du Bas-Rhône. « Les entrées maritimes permettent aussi de faire baisser la température, explique Marc Robert, le président de la cave. Il y a de grandes différences de température entre la nuit et le jour. Cela permet d'arriver à une bonne maturité du raisin. Pour l'instant, la récolte se présente donc bien. »

Des disparités au sein de la cave Alma Cersius

Le même phénomène se retrouve au nord de Béziers, vers Hérépian, où des nuits plus fraîches assurent une maturation plus régulière. En revanche, dans le secteur de Puimisson, la forte chaleur commence à sérieusement impacter le vignoble. « Nous avions dix jours d'avance, mais le développement du végétal et la maturité ont ralenti », s'inquiète Marc Robert. Ce dernier se console toutefois : « Il n'y a pas cette année de maladie. »

Les baies y sont plus petites, les feuilles également, signe d'un stress persistant. Les viticulteurs surveillent désormais chaque degré supplémentaire. Pierre Calmel, président de la cave des Vignerons de Sérignan, observe les effets néfastes de la chaleur : des brûlures sur les raisins de certains cépages, ainsi que de l'échaudage, ces accidents de croissance liés aux fortes températures. Mais, dans l'ensemble, il juge les vignes « plutôt en bonne santé ». « Nous avions anticipé en écimant les souches moins court que d'habitude, explique-t-il. Cela a laissé plus d'ombre aux raisins. Cela reste donc correct pour le moment. Qualitativement, cela s'annonce assez bien et sain. Cela laisse présager d'un bon millésime. »

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Un œil rivé sur la météo

Malgré ce relatif optimisme, tous savent que la pluie reste indispensable. Pierre Calmel prévient : « Si nous avons une nouvelle semaine à 40 degrés, cela pourrait faire très mal… » En attendant, dans les vignes du Biterrois, on croise les doigts en levant la tête vers un ciel désespérément bleu.