L'abattoir Duc de Saint-Bauzély, au nord-ouest de Nîmes, a reçu l'autorisation environnementale du préfet du Gard le 30 avril 2026 pour quadrupler sa capacité de production. Le site, qui traite actuellement 75 tonnes de poulets par jour, vise 200 tonnes par jour d'ici 2033, soit environ 50 000 tonnes par an. Cette expansion s'inscrit dans un projet plus large du groupe néerlandais Plukon, propriétaire de Duc depuis 2017, qui ambitionne également de tuer un million de poulets par semaine sur son site principal de Chailley dans l'Yonne.
Un projet d'agrandissement sur les parcelles existantes
Selon le dossier d'autorisation environnementale, l'extension se fera sans empiéter sur les terrains voisins. Les structures actuelles seront rénovées et agrandies : le hall d'accueil des animaux gagnera 1 250 m², et 430 m² supplémentaires seront ajoutés à la zone de conditionnement des produits finis. Le maire de Saint-Bauzély, Jacques Durand, précise que « Duc annonce la création à terme d'une centaine d'emplois supplémentaires », portant les effectifs de 190 à environ 290 personnes.
Calendrier et cadence de production
L'augmentation sera progressive : d'ici 2028, l'abattoir espère traiter 100 tonnes par jour, puis 200 tonnes d'ici cinq à sept ans. Pour y parvenir, les chaînes tourneront de 3 h 30 à 20 h chaque jour ouvré, contre 4 h à 19 h actuellement. De nouvelles équipes seront constituées pour soutenir cette hausse de cadence.
Inquiétudes des riverains : trafic, odeurs, eaux usées
Un collectif baptisé « NON aux plumes et au goudron » s'est formé pour s'opposer au projet. Marie, une habitante, confie : « Je me demande si ce n'est pas le moment de déménager. En ce moment, il y a plein de voisins qui vendent. » Les membres pointent la hausse du trafic de camions, le bruit et les odeurs de volaille. Marie-Laure, autre membre, s'interroge : « On parle de création d'emplois, mais est-ce que cela va profiter réellement au village ? » La principale préoccupation concerne la station d'épuration qui reçoit les rejets de l'usine, jugée déjà saturée. L'enquête publique a relevé ce point, et une évaluation est prévue à la demande des services préfectoraux.
Réponses de la mairie et préconisations
Le maire Jacques Durand relativise les craintes sur le trafic : « Les camions déjà présents ne passent pas dans la commune. Je comprendrais que Fons se plaigne », village voisin traversé par la route d'accès D907. Concernant l'emploi, il précise qu'une dizaine d'employés de Duc vivent au village, les autres habitant jusqu'à 50 km. Le commissaire enquêteur a recommandé la création d'une « commission de suivi du site » composée de représentants de Duc, d'élus et de riverains, jugeant cette mesure « nécessaire dès que possible après autorisation ». Le collectif n'a pas eu de retour sur cette préconisation et exprime sa méfiance : « Est-ce que Duc va vraiment le mettre en place ? Et si oui, qui pourra siéger ? Des volontaires ou des personnes déléguées par l'entreprise ou la mairie ? »
Débat sur l'origine des volailles et le bien-être animal
Le collectif critique également l'origine des poulets : une petite partie vient du Gard, mais surtout de l'Ardèche et de la Drôme, département où l'élevage intensif est très développé. Pour eux, cette distance constitue une aberration écologique. Duc justifie son projet par la demande croissante de poulet français et la réduction des importations : actuellement, 50 % du poulet consommé en France provient de l'étranger (Pologne, Allemagne, Brésil). Les associations de protection animale, comme L214, dénoncent le modèle intensif. Les porte-paroles de L214 déclarent : « Duc, c'est la société reine de l'élevage intensif. La société veut étendre ses abattoirs pour asseoir son modèle d'élevage intensif que l'on retrouve dans l'Yonne. Elle va vouloir en développer plus dans la Drôme. » En 2019, L214 avait publié une vidéo montrant des poulets en souffrance dans les élevages de Duc. À Saint-Bauzély, des membres du collectif affirment que « les camions de transports arrivent très souvent avec des poulets déjà morts. Le respect du bien-être animal semble être ici une vague notion. »
Contactée par Midi Libre, la société Duc a indiqué ne pas souhaiter communiquer sur ce dossier, conformément à ses pratiques de communication, et a décliné la demande de visite de l'installation.



