Bol breton : les secrets du choix des prénoms dévoilés
Bol breton : les secrets des prénoms dévoilés

Derrière chaque prénom peint à la main sur un bol breton se cachent des statistiques minutieuses élaborées par le fournisseur. À la Faïencerie de Cornouaille, qui approvisionne plus d'une centaine de commerçants en Bretagne et en Loire-Atlantique, les listes de prénoms sont établies en fonction de la demande en magasin depuis trente ans. « Et non en s'appuyant sur les listes de l'Insee » ou autres projections, explique Xavier Dutertre, fondateur de l'atelier quimpérois. Le tout est répertorié dans un énorme tableau Excel qui permet d'affiner les listes de popularité au fil des années.

Un système de rotation optimisé

« On possède maintenant une statistique assez pointue, se vante le fournisseur, l'objectif est de proposer à nos clients un choix de prénoms et une quantité par prénom optimum. » Fini les arrière-boutiques remplies de bols Pierre, Paul, Jacques. Les magasins disposent d'un seul exemplaire par prénom, ou quatre ou cinq maximum lorsque le prénom est très populaire. Tous les cinq jours, la faïencerie réapprovisionne ses commerçants en fonction des ventes.

Cette réactivité permet au géant de la faïence de mettre régulièrement son logiciel à jour. « Dès qu'un prénom qui n'existe pas en boutique est demandé par un client, le commerçant nous en fait mention », détaille Xavier Dutertre. Plus le prénom est mentionné, plus il gagne en popularité et peut espérer être introduit aux fameuses listes. Un choix loin d'être anodin : chaque nouveau prénom qui rejoint le tourniquet en éjecte un autre. « Quand on introduit un prénom à une liste, cela implique de changer tous les présentoirs », glisse Xavier Dutertre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des milliers de prénoms disponibles

En magasin, chaque vendeur de bols bretons possède un à quinze présentoirs. Il existe autant de listes élaborées par la faïencerie. Un commerçant proposant un seul présentoir met à la disposition du client 224 bols ornés des 224 prénoms les plus demandés. Tandis qu'un commerçant bénéficiant de quinze présentoirs propose une gamme de plus de 3 000 prénoms à ses clients. Pour trouver le prénom « Aria », il faudra miser sur une boutique disposant d'au moins cinq présentoirs, mais le bol figurera sur le premier tourniquet car le charme du bol breton, c'est aussi de le chercher par ordre alphabétique.

Internationalisation et effets de mode

Avec le temps, le fondateur de la faïencerie a identifié son « hit-parade des prénoms » : Alexandre, Alice, Antoine, Arthur, Camille, Chloé… Mais aussi des intemporels comme « Marie » ou « Paul » et des prénoms « effet de mode » comme « Zoé ». « Quand les toutes premières Zoé sont arrivées il y a une vingtaine d'années, le prénom était assez exceptionnel, se souvient le faïencier, maintenant il est très courant, mais il a fallu plus de dix ans avant qu'il devienne un prénom usuel et que l'on l'intègre à nos listes. »

Le spécialiste du bol à oreilles constate également une internationalisation de l'objet avec des « prénoms arabes qui arrivent assez tôt dans les listes » comme « Mohammed » ou « Inès » qui font aujourd'hui partie « des prénoms communs ». « Les prénoms nordiques, anglais ou allemands font également leur apparition », continue Xavier Dutertre, qui souligne cependant une absence de prénoms asiatiques.

Le bol mythique, longtemps qualifié comme « un produit d'art populaire », peut aussi s'apparenter à un objet culturel « qui évoque une certaine nostalgie de l'enfance aux CSP+ » très attachés aux prénoms traditionnels, estime le Quimpérois, « mais son achat se veut de plus en plus éclectique » avec, entre autres, l'arrivée des « Tiago » ou des « Noah ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale