La comédienne Marie-Sophie Ferdane, sociétaire de la Comédie-Française depuis 2014, est l'une des figures marquantes de la 79e édition du Festival d'Avignon. Elle y interprète plusieurs rôles, dont celui d'Hélène dans Les Serpents de Marie NDiaye, mis en scène par Éric Ruf. Dans un entretien accordé à Libération, elle revient sur sa vision du théâtre, qu'elle décrit comme « un art collectif, politique et nécessaire ».
Un parcours ancré dans le collectif
Marie-Sophie Ferdane insiste sur l'importance du travail en équipe. « Le théâtre n'est pas un art solitaire. On ne fait pas une pièce tout seul. C'est une aventure humaine avant tout », déclare-t-elle. Elle souligne que chaque représentation est le fruit d'une collaboration étroite entre comédiens, metteurs en scène, techniciens et équipes artistiques. Selon elle, cette dimension collective est essentielle pour créer une œuvre qui résonne avec le public.
Formée au Conservatoire national supérieur d'art dramatique (CNSAD), Ferdane a rapidement intégré la Comédie-Française, où elle a joué sous la direction de grands metteurs en scène comme Denis Podalydès ou Julie Deliquet. Elle y a développé une passion pour les textes contemporains, notamment ceux de Marie NDiaye et de Wajdi Mouawad.
Un théâtre politique et engagé
Pour Ferdane, le théâtre doit être un espace de réflexion sur le monde. « Le théâtre est politique par essence, car il met en scène des rapports de force, des questions de pouvoir, des injustices », explique-t-elle. Dans Les Serpents, elle incarne une femme confrontée à la violence familiale et sociale, un rôle qui résonne avec les débats actuels sur les violences faites aux femmes.
Elle défend également l'idée d'un théâtre accessible à tous. « Il faut sortir des salles parisiennes et aller à la rencontre des publics, surtout dans les zones rurales ou périurbaines. Le festival d'Avignon est un formidable laboratoire pour cela », dit-elle. La comédienne participe d'ailleurs à des ateliers et des rencontres avec le public durant le festival.
Le Festival d'Avignon comme espace de liberté
Marie-Sophie Ferdane voit dans le Festival d'Avignon un lieu de création libre et exigeante. « Ici, on peut prendre des risques, proposer des formes théâtrales hybrides, mêler texte, danse, musique. C'est une bouffée d'oxygène », confie-t-elle. Elle salue la programmation de cette année, qui met en avant des auteurs contemporains et des questions de société.
Interrogée sur l'avenir du théâtre, elle se dit optimiste mais vigilante. « Il faut continuer à défendre le service public de la culture, les subventions, les lieux de création. Sans cela, le théâtre risque de devenir un divertissement élitiste », avertit-elle. Elle appelle les pouvoirs publics à soutenir les artistes et les structures culturelles.
Un engagement pour la transmission
En parallèle de sa carrière, Ferdane s'investit dans la transmission. Elle anime des stages pour jeunes comédiens et intervient dans des écoles. « Transmettre, c'est aussi apprendre. Les jeunes ont une énergie et une curiosité incroyables », dit-elle. Elle milite pour une meilleure formation artistique dès le plus jeune âge, notamment dans les quartiers défavorisés.
La comédienne prépare également un projet autour de l'œuvre de l'écrivaine Marie NDiaye, avec qui elle entretient une relation de travail privilégiée. « Marie écrit des textes d'une puissance rare. Les mettre en scène est un défi passionnant », conclut-elle.



