L'audiodescription, une solution encore trop rare pour l'inclusion des malvoyants dans les salles de spectacle
Dans les théâtres et les salles de spectacles en France, les personnes malvoyantes ou aveugles restent majoritairement exclues des représentations culturelles. L'audiodescription, qui consiste à décrire les éléments visuels d'une œuvre pour les rendre accessibles, peine à se généraliser malgré son importance cruciale.
Rencontre avec Audrey Laforce, pionnière de l'audiodescription en France
À Rochefort, au théâtre de la Coupe d'or, Audrey Laforce anime régulièrement des ateliers pour initier jeunes et seniors aux subtilités de ce métier méconnu. Elle fait partie d'une poignée de professionnels en France, moins d'une vingtaine selon ses estimations, qui permettent aux personnes ayant des troubles de la vision d'accéder à des pans entiers de la culture dont elles étaient traditionnellement privées.
Le dispositif est pourtant simple : grâce à un casque audio, les spectateurs malvoyants reçoivent en direct les commentaires descriptifs d'Audrey pendant la représentation. Sans cette aide précieuse, ils manqueraient toutes les scènes visuelles essentielles à la compréhension de l'œuvre : émotions faciales, gags visuels, déplacements des comédiens.
Un métier exigeant et précaire
« C'est traduire en mots les éléments visuels qui ne sont pas compréhensibles immédiatement par le son », explique Audrey Laforce lorsqu'on lui demande de définir l'audiodescription. Depuis dix ans, avec sa compagnie Voir par les oreilles, elle tente de faire évoluer les mentalités et les pratiques dans le milieu culturel.
Son travail au théâtre, notamment à la Coupe d'or de Rochefort qui propose certaines pièces en audiodescription, s'effectue toujours en direct. « C'est du spectacle vivant donc c'est une matière qui bouge. Ça demande de s'adapter en temps réel au rythme de la représentation », précise-t-elle.
Les défis techniques et professionnels
Le principal défi selon Audrey Laforce ? Le temps. « Notre grand ennemi c'est le temps. Le but pour nous, c'est de décrire le plus précisément ce qu'il se passe visuellement sur scène. Parfois, pour décrire le geste d'une main qui a duré une seconde, cela prend beaucoup plus de temps ».
Elle ajoute : « On doit toujours parler entre les dialogues des comédiens pour ne pas les parasiter, mais quand il y a beaucoup de dialogues qui s'enchaînent… C'est difficile de se placer ! Parfois, on est obligé de renoncer et de ne pas tout décrire ».
Un manque criant d'adaptations
Malgré les besoins évidents, de nombreuses œuvres populaires ne disposent d'aucune adaptation pour les publics malvoyants. Audrey Laforce témoigne : « Ça m'est déjà arrivé de devoir faire de l'audiodescription pour aider un lycéen déficient visuel qui devait étudier une pièce de théâtre pour le bac sans pouvoir la voir… Il n'y avait aucune adaptation existante ».
Un statut professionnel flou
La profession souffre également d'un manque de reconnaissance institutionnelle. « On n'a aucun statut : ni auteur, ni traducteur, ni technicien… », déplore Audrey Laforce. Si elle-même exerce en microentreprise, ce n'est pas le cas de tous les audiodescripteurs.
Une formation de 72 heures existe, mais c'est surtout la pratique qui permet de maîtriser ce métier exigeant. « Il y a plein d'écueils à éviter. Par exemple, si je dis 'il regarde tel truc', les personnes malvoyantes ne peuvent pas savoir si je parle d'un ou de plusieurs comédiens, le 'il' pouvant être compris 'ils', au pluriel », explique-t-elle.
Cette précarité professionnelle fait que tous les audiodescripteurs n'arrivent pas à en vivre, limitant encore davantage le développement de cette pratique essentielle à l'inclusion culturelle.



