Dans une longue tribune publiée par la London Review of Books, Emily Wilson, célèbre traductrice de L'Odyssée d'Homère en anglais (2017), détruit point par point le dernier succès du réalisateur britannique Christopher Nolan. Le film, sorti en salles le 15 juillet 2026, a engrangé pas moins de 640 millions de dollars (562 millions d'euros) en seulement 12 jours d'exploitation mondiale, selon Le Huff Post. Mais ce triomphe commercial ne fait pas l'unanimité auprès de la critique, et Wilson se montre particulièrement acerbe.
Une critique virulente de la part d'une spécialiste
« J’aurais honte d’avoir écrit la moindre ligne de ce scénario. J’espérais que l’affinité de Nolan avec les grands thèmes homériques le pousserait vers de nouveaux sommets créatifs mais L’Odyssée reproduit son mélange habituel de grandiloquence et de superficialité », attaque l'autrice dans sa tribune. Wilson, reconnue pour sa traduction acclamée de l'épopée grecque, ne mâche pas ses mots : « Le film n’a rien de convaincant à dire sur le temps, la mémoire, l’Histoire, la guerre ou encore sur le lien entre le retour glorieux d’un guerrier et la vie de sa famille. »
Elle poursuit en déclarant que « la vision du monde de Nolan est trop restreinte pour inclure de véritables dieux ou de véritables êtres humains, différents de nous ». La structure narrative du film repose, selon elle, sur des « artifices » et ne parvient pas à capturer la profondeur de l'œuvre originale.
Un succès commercial indéniable mais contesté
Malgré ces critiques cinglantes, le blockbuster de près de trois heures continue d'attirer les foules. En France, le film a été projeté dans des conditions exceptionnelles, notamment au Pathé Odysseum de Montpellier, unique cinéma Imax 70 mm de l'Hexagone, où 13 000 préventes ont été enregistrées en un mois. Nolan lui-même avait approuvé cette salle, déclarant : « C’est parfait ! »
Cependant, la polémique ne se limite pas à Wilson. Certains Grecs contemporains, qui vénèrent encore Zeus et Athéna, ont dénoncé une « appropriation » culturelle de leur héritage. D'autres critiques, au contraire, saluent un « grand film tragique et politique », bien au-delà d'un simple divertissement estival.
Des retombées positives inattendues
Dans une interview accordée au Sunday Times, Emily Wilson reconnaît malgré tout que le succès du film a des aspects bénéfiques : « Cette épopée ramène les spectateurs dans les salles de cinéma. Les traductions de L’Odyssée, y compris la mienne, se vendent très bien. Et peut-être que le film convaincra quelques responsables d’universités de ne pas supprimer leurs départements de littérature, de langues anciennes ou d’histoire… »
Une lueur d'espoir pour la spécialiste, qui voit dans ce phénomène une occasion de redonner vie aux études classiques. Reste à savoir si l'impact culturel du film surpassera les réserves académiques. En attendant, L'Odyssée de Nolan continue de faire parler d'elle, pour le meilleur et pour le pire.



