Le buste en fonte de Marianne qui orne la façade de l'hôtel de ville de Bagnols-sur-Cèze (Gard) a été barbouillé de rouge en 1941, puis le préfet de l'époque, vichyste, a exigé son retrait. Le maire d'alors, Ernest Euzéby, a refusé et a été révoqué. Le buste, restauré en 2019, témoigne de cette période trouble.
Un buste acheté en 1883 pour célébrer la fin de l'octroi
Le buste, signé du sculpteur natif de Rodez Angelo Francia, a été acheté par la ville en 1883 pour célébrer la fin de l'octroi, une taxe sur les marchandises, commandé par le maire d'alors Aimé Vouland. En fonte, il a la particularité d'être de couleur sombre, ce qui lui valut d'être la cible de collaborateurs pendant la seconde guerre mondiale.
Dans des documents conservés aux archives municipales de la ville gardoise, qui s'appuient sur différentes références historiques, on retrouve les traces d'un procès-verbal de gendarmerie datant du 2 mai 1941. Dans sa déposition, le maire d'alors, le radical Ernest Euzéby, élu depuis 1932, explique que « l'appariteur de la mairie m'a téléphoné pour me dire qu'on avait barbouillé en rouge le buste de la République – il l'avait déjà été en 1940 – qui se trouve sur la façade de la mairie ».
Le préfet vichyste fusillé à la Libération
L'instigateur de cet acte de vandalisme se révéla être un élu d'extrême droite, membre du conseil municipal, délégué à la propagande. Quelques jours plus tard, cette même Marianne est de nouveau prise à partie. Cette fois par le préfet du Gard, vichyste zélé, Angelo Chiappe, qui, venu à Bagnols-sur-Cèze, somme le maire de l'enlever en la traitant de « négresse », en raison de sa couleur noire, et de la remplacer par le buste du maréchal Pétain.
Ernest Euzéby refuse d'obéir et est révoqué. Pour gagner du temps, son successeur, Paul Constant, proposa au préfet pétainiste de donner le nom du maréchal à la rue de la Poulagière (l'actuelle rue Fernand-Crémieux). Le préfet Chiappe fut fusillé le 23 janvier 1945 à la Libération, devant les arènes de Nîmes, condamné à mort pour ses activités collaborationnistes.
Une restauration par le sculpteur Frédéric Parizat
Ce n'est que bien des années plus tard que la Marianne de la façade de l'hôtel de ville – qui compte deux autres bustes, l'un dans le bureau du maire, l'autre dans la salle des mariages – a été décelée, mais pour être restaurée. Une rénovation effectuée par le sculpteur statuaire Frédéric Parizat, auquel on doit également la restauration des fonts baptismaux de l'église de Bagnols-sur-Cèze. Le buste en fonte de la Marianne bagnolaise retrouvera sa place en juillet 2019.
Des rendez-vous autour de Marianne
L'association Marianne de France, fondée par le Gardois Philippe Pécout, ancien maire de Laudun-L'Ardoise, organise régulièrement des expositions et conférences. Pour les journées du patrimoine, elle avait proposé une exposition à la cave Mallet. Le 7 novembre, Philippe Pécout donnera une conférence « Marianne et les symboles de la République » (à 14 h, espace Maurice Fost, à Vénéjan, entrée libre), puis le 10 novembre, il présentera une causerie sur Marianne, à Cavillargues (à 18 h 30, foyer communal, entrée libre).
Le président de l'association est à l'origine de l'ouvrage « Les Marianne du Gard » (Complices éditions). Le buste restauré de Bagnols-sur-Cèze reste un témoin de l'histoire républicaine, et les événements autour de Marianne continuent de rappeler son importance.