Incendie du théâtre de Nîmes en 1952 : le récit d'une survivante
Incendie du théâtre de Nîmes en 1952 : le récit d'une danseuse

Le 27 octobre 1952, le théâtre à l'italienne de Nîmes, l'un des plus beaux de France, a été ravagé par les flammes, un acte criminel perpétré par une chanteuse lyrique belge, Eva Closset. Michèle Lucibello, alors âgée de 15 ans et future figure de la danse à Nîmes, a vécu ce drame de près. Aujourd'hui, elle témoigne : « Ça m'a fait mal au cœur, ça a été terrible. »

Un témoignage poignant de Michèle Lucibello

Michèle Lucibello, aujourd'hui à la tête de Nemausa Danse, se souvient avec émotion de ce lundi où, alors qu'elle était élève danseuse, elle a vu le théâtre de Nîmes en partie détruit. « J'étais à l'atelier de couture, rue de la Madeleine, car le lundi c'était jour de relâche au théâtre », raconte-t-elle. Ce théâtre, situé à l'emplacement de l'actuel Carré d'art, elle le connaissait parfaitement : « J'allais m'entraîner tous les jours. On passait par la loge du concierge avec une dizaine d'autres danseuses et on se baladait partout. C'était l'un des plus beaux théâtres de France. La scène était très grande, il y avait ce magnifique lustre en cristal au plafond et l'acoustique était incroyable. »

Construit au XIXe siècle, ce théâtre majestueux attirait chaque saison un public passionné. Certains faisaient la queue dès 6 heures du matin en hiver pour obtenir une place. Ce soir d'octobre 1952, vers 18 heures, une épaisse fumée noire s'échappe du bâtiment. « Les gens criaient : "le théâtre brûle !" On est parti en direction du théâtre avec ma mère, il y avait déjà une foule énorme. Et on voyait un gros panache de fumée qui sortait de derrière le théâtre », se souvient-elle.

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Un incendie criminel et ses conséquences dévastatrices

Le drame est d'autant plus dur pour la jeune danseuse que sa maîtresse de ballet, qui habitait rue Racine, à côté du théâtre, a été profondément affectée. « Elle avait eu une émotion terrible. Ça l'a tuée d'ailleurs, car elle est morte quelque temps après », précise Michèle Lucibello. Les flammes ont atteint le plafond, grignoté les câbles retenant le lustre qui s'est écrasé au sol. Le rideau de fer, fermé ce jour-là, a protégé la salle et une partie des loges. Les répétitions ont continué quelque temps dans le foyer de scène, dans des conditions dangereuses, avant que les sapeurs-pompiers n'interdisent l'accès au site.

L'origine du sinistre est rapidement élucidée grâce aux aveux d'Eva Closset, une chanteuse lyrique belge venue passer des auditions à Nîmes avec son beau-fils. Si elle a été retenue, le jeune homme a été écarté par la direction. L'administrateur du théâtre a convoqué la chanteuse pour lui annoncer cette décision. « Ça l'a mise dans une colère noire. Elle est allée à la droguerie, a acheté une bouteille d'essence, l'a éclatée sur la scène et a allumé le feu », détaille Michèle Lucibello. La choriste a avoué son geste à l'église, puis à la police. Le 10 juillet 1953, elle a été condamnée à sept ans de travaux forcés, peine partiellement purgée.

Un héritage réduit à des colonnes

Le théâtre ne s'est jamais relevé de cet acte criminel. Une reconstruction avait été évoquée, mais elle a été abandonnée. Plus de 70 ans après, Michèle Lucibello, qui célébrera son 89e anniversaire l'année prochaine, reste persuadée que le théâtre aurait pu être rebâti. « Je pense que c'était un problème d'assurance ou une sorte d'arrangement à l'époque », avance-t-elle. Aujourd'hui, il ne subsiste du théâtre que les colonnes de sa façade, dressées sur l'aire d'autoroute de Caissargues. Des vestiges que beaucoup rêvent de voir réinstallés à Nîmes, un retour qui sonnerait comme le dernier entracte de l'histoire de ce lieu emblématique.

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