La plaque de marbre qui rendait hommage à Auguste-Eugène Muterse, l'inspecteur des Eaux et Forêts qui a profondément façonné le massif de l'Estérel à la fin du XIXe siècle, a disparu de son emplacement au pied du mont Vinaigre. Le Syndicat mixte du grand site de l'Estérel (SMGSE) souhaite la remplacer à l'identique, mais se heurte au refus de l'Office national des forêts (ONF), propriétaire des lieux.
Un homme qui a dessiné l'Estérel
Né à Antibes en 1851, Auguste Muterse a exercé dans l'Estérel à partir de 1874 et a consacré seize années de sa carrière à l'aménagement du massif. À cette époque, l'Estérel était exploité pour ses ressources naturelles : le bois des pins servait à étayer les mines, le liège des chênes à fabriquer des bouchons, tandis que la résine, le cade et la bruyère étaient également valorisés. Le paysage portait en outre les stigmates de grands incendies récurrents.
Pour améliorer la circulation et permettre la surveillance, Muterse entreprit de structurer le massif. Routes, pistes et sentiers sillonnèrent progressivement les vallons, créant une trame qui permet encore aujourd'hui de traverser l'Estérel d'ouest en est et du sud au nord. Il mit également en place un réseau de 14 maisons forestières, destinées à loger les gardes et les cantonniers au plus près de leur secteur d'intervention.
Des maisons forestières en quasi-autarcie
Ces demeures reculées pouvaient fonctionner en quasi-autarcie. Deux familles y vivaient, celle du forestier et celle du cantonnier, chargé de l'entretien des voies. Citernes pour l'eau de pluie, four à pain, écuries, réserves, forge, basse-cour, porcherie et restanques complétaient l'ensemble. La plupart de ces bâtisses portent le nom de leur lieu d'implantation, comme Gratadis, Le Dramont, Malpey, Le Trayas ou La Louve, mais certaines appellations ont une histoire particulière.
La maison forestière de la Duchesse doit son nom à la duchesse de Vallombrosa, figure de la haute société cannoise et amie de Muterse. En 1878, l'inspecteur souhaitait construire une maison dans le secteur du Plan Pinet. Après un premier aval, un changement de directeur général des Eaux et Forêts entraîna un refus. Muterse aurait alors suggéré à la duchesse d'organiser une réception pour son supérieur afin de défendre le projet. La maison fut finalement construite et nommée en hommage à sa bienfaitrice.
Un visionnaire du tourisme
Au-delà de l'aménagement, Muterse a compris avant l'heure l'avenir touristique de l'Estérel. En ouvrant des voies carrossables, il a permis aux premiers visiteurs, arrivés avec le chemin de fer en 1863, de découvrir le massif. Des hivernants, notamment britanniques, s'émerveillaient des paysages de la Côte d'Azur. Édouard-Alfred Martel, considéré comme le père de la spéléologie moderne, qualifiait Muterse de « forestier de génie ».
Son œuvre ne se limite pas aux routes : il mena une politique d'exploitation durable avec des opérations d'entretien et de reboisement, et fit ériger une tour de surveillance sur le mont Vinaigre pour prévenir les incendies.
Un hommage tardif et une nouvelle plaque en projet
Il a fallu attendre 27 ans après sa mort pour qu'un hommage officiel soit rendu. Le 25 juin 1949, une plaque commémorative a été scellée sur un bloc de porphyre au col de l'Aire de l'Olivier, en présence du préfet du Var. L'ancienne route des Cols devait être rebaptisée route Muterse, mais l'ancien nom a subsisté.
Aujourd'hui, le SMGSE, présidé par Georges Botella, également maire de Théoule-sur-Mer, a prévu une enveloppe pour refaire la plaque à l'identique, en s'appuyant sur des photographies. Le marbre serait remplacé par de la lave émaillée, plus robuste. Mais l'ONF, maître des lieux, n'a pas encore donné son autorisation. Georges Botella confirme que le SMGSE « n'a pas encore pu obtenir l'autorisation de l'ONF ». L'établissement, sollicité, a refusé de commenter. Le syndicat maintient son intention de restaurer la plaque, et les amoureux du massif espèrent qu'elle pourra être réinstallée dans l'Estérel, ce lieu tant affectionné par Muterse.