Des influenceurs catholiques évangélisent sur les réseaux sociaux
Influenceurs catholiques : l'évangélisation numérique

Jeudi soir, à la veille de la venue du pape Léon XIV en France, une dizaine de créateurs de contenus catholiques, suivis par des milliers d'abonnés, participeront à une grande veillée à l'église Saint-Sulpice, à Paris, organisée par le compte « Two Disciples ». Quelque 2.000 personnes sont attendues pour cet événement qui marque l'essor d'une nouvelle génération de « missionnaires numériques catholiques » sur TikTok, Instagram et YouTube.

Des créateurs catholiques aux milliers d'abonnés

Parmi les invités figurent le Frère Paul-Adrien, suivi par 681.000 personnes sur YouTube, Victor de Montreynaud, alias le « Catho de service », qui compte 298.000 abonnés sur TikTok, ou encore l'abbé traditionaliste Matthieu Raffray, suivi par 201.000 abonnés sur Instagram. Ces influenceurs s'expriment face caméra en tenue ecclésiastique et parlent de la Bible en moins d'une minute, avec des vidéos verticales ultracourtes, des titres accrocheurs et des détournements des tendances du moment.

« L'Assomption en une minute », « POV (acronyme anglais de “point of view”, qui signifie point de vue) t'es moine mais c'est la Coupe du monde » ou « Protestant VS Catho » : ces formats parlent religion avec la grammaire des réseaux sociaux. En quelques années, cette génération a fait des plateformes de nouveaux terrains d'évangélisation.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Transformer les « like » en engagement religieux

« Je me suis rendu compte qu'il y avait une demande de connaissance en matière religieuse sur la foi catholique », explique Matthieu Raffray, qui dit toucher « des gens qui ne seraient a priori jamais entrés dans une église ». Sur Instagram, assure-t-il, 80 % de son audience a entre 18 et 35 ans. L'évangélisation du « continent numérique » est encouragée depuis plusieurs années par l'Église et les papes successifs.

Sur les réseaux, l'Église « montre qu'elle n'est pas une chose ringarde », mais qu'elle peut être « moderne et actuelle », observe David Douyère, professeur en sciences de l'information et de la communication et spécialiste de la communication catholique. Pour Paul Delafosse, 26 ans, créateur d'Amen Media et intervenant lors de la veillée, ces plateformes permettent aussi de rendre plus accessible un discours religieux parfois perçu comme décalé.

« Pour un catholique, le message de l'Église peut paraître très actuel, mais pour quelqu'un qui n'a pas la foi, il peut sembler à contre-courant du monde », explique-t-il. Dans un même fil d'actualité, souligne David Douyère, un internaute peut ainsi voir une personne « qui cuisine, une autre qui fait du sport » puis une « qui explique comment prier et dire le chapelet ». Une manière de montrer « qu'il est possible d'être catholique dans cet espace ».

Des auto-entrepreneurs de la mission

Les plateformes sont aussi devenues un lieu d'affirmation communautaire : « Mettre une petite photo à la messe en story, des croix dans sa bio, c'est un moyen de se revendiquer chrétien facilement », observe Paul Delafosse. Cette évangélisation numérique pose de nouvelles questions à l'Église : comment transformer les « like » en engagement religieux durable ? « Il y a un risque que les gens se contentent de vivre une foi en ligne, de se nourrir de quelques influenceurs qu'ils apprécient, sans expérimenter une vie de paroisse », reconnaît Paul Delafosse.

Les codes des plateformes peuvent aussi favoriser les messages les plus tranchés. « La facilité, c'est parfois d'avoir un message fort, sans nuances, qui va booster l'algorithme et susciter beaucoup de commentaires », souligne-t-il. Tout l'enjeu, « c'est d'avoir un usage chrétien aussi des réseaux sociaux ». Renaud Laby, prêtre et auteur d'une thèse sur le militantisme confessionnel, appelle de son côté à s'interroger sur la formation et le statut de ces nouveaux prédicateurs en ligne, ainsi que sur leur rapport aux logiques économiques des plateformes. « Certains profitent de la monétisation. Cela en fait des auto-entrepreneurs de la mission », selon lui.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une veillée pour prier ensemble

Financée par des dons privés, la veillée de Saint-Sulpice sera retransmise sur les chaînes YouTube des créateurs présents. Son co-organisateur Thibault Pfeffer espère atteindre 100.000 spectateurs en ligne. « Le but est de prier ensemble pour le voyage apostolique et quelques influenceurs prendront la parole », précise-t-il. Lui-même reconnaît le défi de cette nouvelle génération de figures catholiques numériques : éviter que leur personnalité ne prenne le pas sur le message qu'elles entendent transmettre. « Parfois les gens sont plus attachés à tel ou tel influenceur qu'à l'Église elle-même », explique Thibault Pfeffer. « Notre but n'est pas de créer notre propre religion, mais que les gens découvrent l'Église catholique. »