À l'occasion de la sortie de son ouvrage « De Gaulle dans les Alpes-Maritimes une histoire méconnue » (aux éditions Mémoires Millénaires), Hélène Creste-Erlingsen, qui lancera ce livre aujourd'hui à Antibes et à Nice, lève le voile sur un pan méconnu de l'histoire locale. Entre ferveur populaire, secrets de résistance et séjours motivés par un besoin de réflexion, elle nous livre un portrait intime du Général, loin de la froideur parisienne.
Pourquoi Charles de Gaulle est-il venu six fois dans les Alpes-Maritimes ?
À quelques jours du Festival de Cannes, où deux figures majeures de la Résistance seront mises à l'honneur, c'est à ces questions que répond Hélène Creste-Erlingsen dans un ouvrage richement documenté, préfacé par Jacques Godfrain (Président de la Fondation Charles de Gaulle). Pour l'auteure, ce projet est d'abord une affaire de cœur et de mémoire, liée au souvenir de son père, né dans les Landes et entré dans la Résistance à 16 ans, avant de tomber dans une embuscade en Algérie et d'y laisser la vie à 31 ans.
Un territoire de lumière pour la « Grande Histoire »
L'autre moteur de cette journaliste décorée de la Légion d'honneur en 2018, docteure en sciences politiques et qui reversera l'intégralité de ses droits d'auteure à des associations caritatives, était de révéler un autre visage du Général : « Je voulais sortir De Gaulle de Paris, de cette image froide et nordiste, pour le placer dans la lumière d'un territoire qu'il a aimé », explique celle qui n'a pas de liens spécifiques avec la Côte d'Azur. Loin des salons feutrés de l'Élysée, l'ouvrage dévoile un De Gaulle humain, proche des gens, n'hésitant pas à faire arrêter son cortège pour saluer des enfants des villages.
Ce lien singulier avec le « 06 » s'écrit dès les heures sombres de l'Occupation. Si le Maréchal Pétain a bénéficié un temps d'une certaine aura à Villeneuve-Loubet, la Résistance azuréenne s'est nourrie de ce face-à-face idéologique. L'ouvrage rappelle notamment le rôle crucial de Jean Moulin, qui fit de sa galerie de peinture de la rue de France à Nice une plateforme de résistance, et obtint de faux papiers grâce notamment à la complicité du commissariat de Cagnes-sur-Mer. Selon l'historien Jean-Louis Panicacci, il y aurait eu dès 1941 à Nice 1800 résistants, qui ont libéré la Ville dès le 28 août 1944, avant l'arrivée des Américains.
Six visites, six tournants historiques
Chacun des six passages du Général dans le département a marqué une étape clé. En avril 1945, au lendemain de la sanglante bataille de l'Authion, De Gaulle vient à Nice et y rencontre René Cassin, dont on commémore les 50 ans de disparition en 2026. Le Général prépare son discours à la villa Castel fleuri à Beaulieu-sur-Mer, avant d'honorer (sur la place Masséna à Nice) la Provence, « seul vrai débarquement » à ses yeux car pleinement français.
Le 1er janvier 1946, c'est à Antibes, méditant face à la mer à l'Eden Roc, qu'il mûrit sa décision de quitter la barre du gouvernement provisoire. Viennent ensuite les années RPF (1948-1950) : à Menton, « marquée par la violente annexion fasciste et l'italianisation forcée sous Mussolini » rappelle dans cet ouvrage le politologue Gilles Kepel, « la venue du Général au domaine des Colombières a scellé symboliquement ce retour au droit, à la France, à la liberté retrouvée ». Tout en mobilisant ses troupes via sa venue, dans la cité du citron comme à Nice. À l'époque, l'accueil est triomphal : 80 000 personnes l'acclament. Mais la tension monte avec les communistes et les préfets reçoivent l'ordre de ne plus lui accorder d'escorte officielle.
Monaco : l'ombre et la lumière
Un chapitre entier est consacré à la relation complexe avec la Principauté. En 1960, la visite officielle cache des tensions électriques. De Gaulle voit d'un mauvais œil l'influence croissante des capitaux américains sur le Rocher. « Il s'est mis en colère, il a voulu mettre de l'ordre », rappelle Hélène Creste-Erlingsen. Cette tension culminera en 1962 avec le blocus de la frontière monégasque par les douaniers français, une démonstration de force pour réaffirmer la souveraineté fiscale et politique de la France.
Ce travail titanesque, nourri par les archives départementales, municipales et les colonnes de Nice-Matin, ne se veut pas un livre d'histoire figé. Bien au contraire : « À l'heure où tant de repères vacillent, j'espère que ce livre sera une base pour d'autres, qu'il interpellera les habitants sur leur propre patrimoine », conclut Hélène Creste-Erlingsen.
Hélène Creste-Erlingsen sera en dédicace aujourd'hui à Antibes (Librairie La Joie de Lire) de 10h à 13h, et à Nice (Librairie Masséna) de 16h à 19h. Elle participera également au salon Les auteurs au jardin à Cap d'Ail le 23 mai, au Festival du Livre de Nice (du 29 au 31 mai) ainsi qu'au festival du livre de Mouans-Sartoux et au Salon du Livre d'Histoire de Villeneuve-Loubet en octobre. « De Gaulle dans les Alpes-Maritimes », par Hélène Creste-Erlingsen, Éditions Mémoires Millénaires, 203 pages, 24 euros.



