Banassac, l'atelier monétaire mérovingien qui révèle l'histoire du VIe siècle
Une assistance nombreuse et particulièrement attentive s'est réunie récemment à Mende pour une conférence captivante organisée par le centre d'études et de recherches Benjamin-Bardy. L'historienne Myriam Angilella-Scot a présenté un exposé approfondi sur un sujet fascinant : "Les pièces des monétaires mérovingiens de Banassac sont des indicateurs de la vie politique, économique et religieuse de la fin du VIe siècle et du VIIe siècle."
Un héritage artisanal exceptionnel
L'historienne a d'abord planté le décor historique en brossant un tableau complet de la société mérovingienne et des dynasties qui se partageaient le pouvoir à cette époque. Elle a situé avec précision Banassac dans le contexte de l'Aquitaine mérovingienne, révélant ainsi l'importance stratégique de ce site.
Les habitants de Banassac étaient les héritiers directs des potiers de terres sigillées des Ier et IIe siècles, puis des orfèvres talentueux qui les ont suivis. Cette transmission exceptionnelle des savoir-faire a permis la conservation des techniques de décors extrêmement fins et la maîtrise avancée du travail du feu, compétences qui se sont avérées cruciales pour la frappe monétaire.
L'art complexe de la frappe monétaire
Myriam Angilella-Scot a expliqué en détail le processus minutieux de fabrication des monnaies à Banassac. Les monétaires mérovingiens ont exercé leur art dans cet atelier tout au long des VIe et VIIe siècles, avec des pièces signées attestées depuis l'année 565.
Le processus comprenait plusieurs étapes essentielles :
- Le regroupement de l'or provenant de diverses origines
- La gravure méticuleuse des coins monétaires
- La fabrication soignée des flans
- La frappe manuelle proprement dite
- Les nombreux contrôles qualité pour assurer des pièces de bon aloi
Les trésors numismatiques de Banassac
Les pièces produites à Banassac témoignent des évolutions politiques et économiques de l'époque. Les monnaies de Justin II, puis de Childebert (575-696), celles de Caribert (629-632), et enfin de Sigebert (633-656) étaient systématiquement refondues à chaque changement de souverain en Aquitaine.
Les pièces les plus courantes étaient initialement les tiers d'or, avant que ne soient frappées des pièces de moindre valeur en électrum (un mélange subtil d'or et d'argent), et finalement des deniers d'argent. Ces monnaies portent les noms prestigieux des plus grands monétaires de l'époque, notamment Elafius, Maximinus et le burgonde Leudegiselus.
Fait remarquable, les deniers d'argent datés des années 630 évoquent le premier monastère dédié à saint Martin, offrant ainsi un précieux témoignage religieux.
Monnaie et pouvoir : une stratégie politique avisée
Les pièces de Banassac ne sont pas seulement des objets économiques ; ce sont de véritables instruments politiques. Les rois mérovingiens utilisaient ces monnaies comme support de "réclame" personnelle, se présentant habilement en défenseurs de la foi chrétienne à travers les symboles et inscriptions.
La pratique de refondre les pièces du roi précédent avait un effet économique significatif : elle permettait de relancer régulièrement l'activité économique, démontrant que les Mérovingiens maîtrisaient déjà des concepts économiques sophistiqués.
Perspectives de recherche
À l'issue de sa conférence, Myriam Angilella-Scot a annoncé la sortie prochaine de son nouvel ouvrage intitulé "Guillaume Grimoard, ses 52 ans de vie avant son élection au pontificat sous le nom d'Urbain V". Ce livre promet de suivre les traces de la Famille Grimoard et d'Amphélise de Montferrand, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de recherche sur cette période historique fascinante.
Cette conférence a brillamment démontré comment l'étude minutieuse des monnaies mérovingiennes de Banassac permet d'éclairer de multiples aspects de la vie en Aquitaine entre le VIe et le VIIe siècle, offrant une fenêtre unique sur une période charnière de l'histoire européenne.



