La chapelle des Pénitents blancs de Figanières, dans le Var, n'a pas été utilisée depuis 1988, date à laquelle une fouille sauvage à la recherche du légendaire trésor des Templiers a laissé l'édifice en ruines. Aujourd'hui, l'association Histoire et patrimoine de Figanières, forte d'une centaine de membres, lance un appel aux dons avec le soutien de la Fondation du patrimoine pour réhabiliter ce monument et le rouvrir au public à la fin de l'été 2027. La municipalité, propriétaire des lieux, a délégué la maîtrise d'ouvrage à l'association.
Un édifice cher aux Figaniérois
Avant d'être saccagée, la chapelle était le cœur battant de la bienfaisance locale. Elle abritait la confrérie des Pénitents blancs, « des laïques très pieux » qui assuraient un véritable « rôle de service social », explique Alain Artaud, secrétaire de l'association. À une époque dépourvue d'assistance publique, « ils s'occupaient des indigents, des malades et des mourants ». La chapelle vivait au rythme des habitants, qui l'ont connue « dans un excellent état jusqu'au début des fouilles ». Beaucoup y ont suivi « l'enseignement du catéchisme et célébré des mariages et des communions ». Le lien est aussi généalogique : les Pénitents blancs inhumés dans la chapelle « sont tous des ancêtres de toutes les vieilles familles du village », glisse Alain Laugier, président de l'association.
La fièvre d'un pseudo-trésor
Tout bascule à la fin des années 1980. Une voyante niçoise, Madame Maritza, se rend une première fois dans le village après avoir ressenti l'appel de Louis Michel, le voyant de Figanières décédé un siècle plus tôt. Sur place, elle s'assoit « par hasard » sur le banc en pierre devant la maison dudit Louis Michel. C'est alors qu'elle a une vision : « Un livre ouvert avec une écriture bizarre, entouré d'une grande masse métallique et de nombreux ossements sous la chapelle. » Persuadée d'être sur la piste d'un fabuleux magot, elle croise le chemin d'« un archéologue de Draguignan ». Tous deux sont convaincus d'être « en présence du trésor des Templiers », raconte Alain Laugier.
Un massacre patrimonial au nom de l'or
Sous prétexte d'une simple fouille en quête d'informations, cet « archéologue », galvanisé par la découverte d'un trésor, obtient une autorisation officielle de procéder. L'opération a lieu du 2 décembre 1987 au 26 janvier 1988, et marque la fin de l'utilisation de la chapelle. Bredouille, l'archéologue laisse les lieux sens dessus dessous. Sa conclusion : « Cette fouille était limitée à une vérification d'information bien déterminée mais n'a pas apporté la confirmation de ce qui était espéré. » L'état des lieux est édifiant : « Sol éventré, voûtes des caveaux crevées, mobilier et ornements démontés. » « Le drame, c'est que ça a été autorisé et sans aucune vérification », déplore Alain Artaud. « Ceux qui ont fait ces travaux et tous ces dégâts n'étaient intéressés que par un trésor. Comme ils ne l'ont pas trouvé, le reste leur était totalement indifférent. » Face à ce « véritable désastre », le lieu est abandonné en vrac.
Un puzzle façon meuble en kit à 35 000 euros
Heureusement, ceux qui, obnubilés par l'or, ont creusé le sol « n'ont rien emporté. On a tous les morceaux, mais il faut le remonter comme un meuble en kit », ironisent Alain Laugier et Alain Artaud. Aujourd'hui, l'heure est à la reconstruction. Un appel aux dons a été lancé avec la Fondation du patrimoine pour assurer une première phase de travaux, dont le coût est estimé à 35 000 euros. L'objectif est de « remettre la chapelle visuellement dans l'état antérieur aux fouilles » et permettre « la visite du public à la fin de l'été 2027 ». Dans le détail, il s'agit dès cet été de « rétablir l'électrique et l'éclairage », puis à l'automne de « refermer les voûtes et sécuriser le sol ». Au printemps prochain, un travail de menuiserie permettra de « remettre les bancs en état » et de « replacer le jubé historique ». Par chance, le gros œuvre de la chapelle est préservé. Plus tard, une seconde phase permettra de restaurer les œuvres d'art complexes par des « professionnels agréés », en particulier le retable et sa peinture grand format fin XVIIe qui « représente l'Annonciation ».
L'hommage aux générations passées
En 2011, lors d'un premier déblaiement des caveaux mené avec Paul Bailet, l'archéo-anthropologue de la communauté d'agglomération, l'association a exhumé les ossements de 81 Pénitents blancs inhumés sur place. Après avoir été étudiés, ces restes historiques ont vocation à retrouver leur dernière demeure. L'association souhaite les réinstaller dans les caveaux restaurés, où « ils reposeront dignement sous une grande plaque de verre éclairée ». Ce projet de renaissance ravit le père Piotr Ilwicki, membre de l'association et curé de la paroisse depuis huit ans, également connu sous le nom de frère Julien pour son lien avec l'ordre de Saint-Jean-Baptiste. Pour un retour aux célébrations et au culte une fois les lieux réhabilités, la réponse est immédiate : « Bien sûr, bien sûr ! Je pourrais aussi officier dans cette chapelle où beaucoup d'habitants ont déjà vécu des moments forts », assure le curé. La quête, cette fois-ci, ne semble pas être l'or mais plutôt la restitution d'une partie de son âme au village.



