La ville fortifiée d'Aigues-Mortes, aujourd'hui joyau du sud de la France, est le fruit d'un parcours semé d'embûches et de hasard. Au XIIIe siècle, le site n'était qu'une terre marécageuse, mais la décision de Louis IX, dit Saint-Louis, de s'y installer en 1240 a transformé ce lieu en une cité stratégique et économique. Aujourd'hui, les remparts et la tour de Constance, gérés par le Centre des Monuments Nationaux (CMN), attirent des visiteurs du monde entier.
Une terre marécageuse choisie par Saint-Louis
Enzo, guide dans les remparts, retrace chronologiquement l'évolution de cette impressionnante ville fortifiée. "À cette époque, c'est de la terre vierge, il y a des moustiques et de l'eau marécageuse qui stagne", commence-t-il, "mais en 1240, Louis IX, dit Saint Louis, crée un tournant majeur en décidant de venir s'installer ici". Il choisit Aigues-Mortes car c'est le seul morceau de terre disponible, qui lui semble être un port adéquat pour partir en croisade. À l'époque, Marseille n'appartient pas au royaume de France, donc ce lieu est parfait.
Mais le roi ne s'occupe pas que du port. Il décide de créer une ville, stratégique et économique. "Le roi a permis une belle ouverture économique, il était visionnaire", explique Enzo, "ses enfants ne comprenaient pas l'enjeu de cette ville". Dès 1240, Louis IX chapeaute la construction de la tour de Constance, avec des pierres de qualité récupérées à 40 km de là, dans les carrières de Beaucaire. Haute de 37 mètres, avec son phare qui culmine au-dessus, elle est officiellement terminée en 1247.
La ville s'étend et les remparts se construisent
"À cette période, la ville se résume à la tour, et la place centrale Saint-Louis, c'est une zone très limitée", continue le guide. Les gens ne se bousculent pas pour venir habiter à Aigues-Mortes et le roi décide de faire des chartes de privilège pour ne pas payer l'impôt sur le sel, avec les salins juste à côté. Les seuls à venir s'installer sont des marchands italiens, qui travaillent sur les comptoirs commerciaux de la Méditerranée. Saint-Louis a participé à deux croisades, la 7e en 1248 et la 8e, où il mourra à Tunis en 1270.
Sa mort n'arrête pas l'expansion de la ville. "Saint Louis voulait protéger la ville car elle attirait les convoitises", explique Enzo. Puis c'est le début de la construction des remparts. "C'est un chantier qui va mobiliser beaucoup plus de personnes et de moyens, il se terminera 30 ans plus tard". La vue 360 degrés depuis la tour surplombe les grandes routes commerciales de l'époque : l'une qui rejoint Montpellier et l'autre qui traverse le Rhône. Il existe à ce moment-là une seule route terrestre, qui existe encore aujourd'hui, et permettait de rejoindre le royaume en passant par la Tour Carbonnière.
La tour de Constance devient une prison religieuse
La tour de Constance devient au XVIe siècle une prison. Louis XIV, qui arrive au pouvoir, révoque l'édit de Nantes et estime que le protestantisme n'est plus le bienvenu en France. Au début, ce sont des hommes qui sont enfermés dans la tour jusqu'en 1710, où celle-ci devient une prison pour femmes protestantes. Marie Durand est restée enfermée 38 ans dans ce lieu. "Elle s'est battue toute sa vie, pour éveiller les consciences. Il y avait des décès, des maladies, des personnes qui sont devenues aveugles à cause de l'obscurité", raconte le guide. Elle n'a jamais arrêté d'écrire des lettres pour décrire les conditions de détention, pires encore en hiver. La libération de ces femmes sonne en 1768, grâce au prince de Beauvau, qui, en visite à Aigues-Mortes, ordonne qu'elles soient libres pour de bon.
Les remparts aujourd'hui : conservation et visite
Aujourd'hui, les remparts sont gérés par le Centre des Monuments Nationaux (CMN), antenne du ministère de la culture. Chaque année, un budget est monté sur la restauration et la conservation de ces 1 600 mètres de remparts. "Le budget annuel du moment, est l'entretien, la plus grosse dépense", constate Enzo. Un tiers de la visite des murs est accessible pour les personnes à mobilité réduite, assez rare pour un ancien monument de cette ampleur.
Infos pratiques : du 2 mai au 31 août de 10 h à 19 h, tarif individuel 12 € ; du 1er septembre au 30 avril de 10 h à 17 h 30, tarif individuel 9 €.



