Le Studio 54, ce club mythique de New York qui a incarné la folie disco à la fin des années 1970, revit dans un documentaire captivant diffusé sur arte.tv depuis le 9 août. Réalisé par Matt Tyrnauer, ancien journaliste de Vanity Fair, ce film de 75 minutes retrace l'histoire incroyable d'un lieu qui, en seulement 33 mois d'existence, a accompagné l'apogée du disco pour mieux l'enterrer.
Un lieu chargé d'histoire
Avant de devenir le temple de la nuit new-yorkaise, le bâtiment situé au 254 West 54th Street avait abrité un théâtre, une salle d'opéra et un studio de télévision où CBS produisait des émissions de variété. C'est en 1977 que Ian Schrager et Steve Rubell, deux amis de fac, rachètent les lieux avec une ambition claire : « créer la boîte de nuit ultime », comme le rappelle Ian Schrager dans le documentaire.
Le club ouvre ses portes le 26 avril 1977, alors que des tubes comme « Staying Alive » des Bee Gees et « I Feel Love » de Donna Summer dominent les charts. Schrager et Rubell veulent capitaliser sur le vent de liberté qui souffle avec l'euphorie disco. Mais pour entrer, il faut passer la fameuse « door policy » imposée par Steve Rubell, un mélange éclectique de célébrités, d'artistes, d'anonymes excentriques et de figures de la nuit, tous triés sur le volet. Mick Jagger et Keith Richards entrent gratuitement, mais les autres Rolling Stones doivent payer leur entrée !
Un refuge pour la diversité
Le Studio 54 devient rapidement le lieu où il faut être. « C'était là qu'il fallait être », se souvient Nile Rodgers, dont le tube disco « Le Freak » avec le groupe Chic en 1978 offre aujourd'hui un écho amer à la destinée du club. Sur place, l'argent coule à flots, les lasers colorés et l'excentricité désinhibée règnent. « C'était cool, c'était chaud, c'était sexy », témoigne un ancien barman. Plus qu'un simple lieu de fête, le disco y est vécu comme « un refuge », notamment pour les personnes transgenres qui trouvent là « un abri, où elles sont intégrées, protégées », selon un ancien employé.
En 1977-1978, c'est au Studio 54 que, pour la première fois, on voit des personnes gays s'embrasser en public à New York. « L'énergie gay était phénoménale, un vrai carburant », note Ian Schrager. « On interrogeait la morale, les codes sociaux, on repoussait les limites », confesse l'ancien patron. Une liberté qui avait un prix : Schrager et Rubell finiront tous deux en prison.
La chute et l'héritage
Un an et demi après l'ouverture, le fisc s'en mêle. Soupçons de trafic de cocaïne, mais surtout fraude fiscale avérée : il est question de 3 millions de dollars détournés en à peine deux ans. « Nous avions largement passé les bornes pour rester sous les radars », confesse Schrager. Malgré un bataillon de 37 avocats, rien n'y fait. En novembre 1979, ils plaident coupables et écopent de trois ans de prison. Leur dernier soir de liberté, ils le fêtent dignement au Studio 54 en janvier 1980, entourés de Diana Ross, Andy Warhol et Calvin Klein.
Après la discofolie, la discophobie : des mouvements anti-disco, notamment en réaction aux excès du Studio 54, se développent. Le 12 juillet 1979, Steve Dahl, un animateur de Chicago, organise une « Disco Demolition Night » où les spectateurs sont invités à détruire des disques disco lors d'une explosion. Privé d'autorisation de débit de boissons, le Studio 54 ne survit que deux mois à l'emprisonnement de ses propriétaires, libérés en 1981.
Un héritage durable
Le post-disco et ses musiques électroniques prennent vite la relève, avec notamment la Hi-NRG incarnée par des artistes comme Dead or Alive ou Evelyn Thomas. Pendant ce temps, le VIH fait des ravages. Le 25 juillet 1989, Steve Rubell décède des suites du sida. Ian Schrager, son ami de toujours, rebondit dans le monde de l'hôtellerie en investissant dans des hôtels où le design, l'architecture, l'éclairage, la musique et le service sont orchestrés pour créer une expérience unique, comme au Studio 54.
Le documentaire « Studio 54 - Un lieu de liberté et d'excès » est à voir sur arte.tv, offrant une plongée nostalgique dans un lieu qui a marqué l'histoire de la nuit et de la culture pop.



