Salzbourg : Castellucci redonne foi en Saint François
Salzbourg : Castellucci redonne foi en Saint François

Le Festival de Salzbourg, l'un des rendez-vous les plus prestigieux de la musique classique, a été marqué cette année par une production hors normes : Saint François d'Assise d'Olivier Messiaen, mis en scène par Romeo Castellucci. Le public, nombreux, a été saisi par la puissance visuelle et spirituelle du spectacle, qui a fait salle comble à la Felsenreitschule, l'ancienne école d'équitation transformée en théâtre.

Une œuvre monumentale revisitée

L'opéra de Messiaen, créé en 1983, est une fresque immense, tant par sa durée (près de cinq heures) que par son effectif orchestral et choral. Castellucci, connu pour ses mises en scène audacieuses, a relevé le défi avec une approche à la fois minimaliste et spectaculaire. Il a choisi de concentrer l'action sur l'essentiel : la quête spirituelle de François, sa confrontation avec la lèpre, son dialogue avec l'Ange, et enfin sa mort mystique.

La scénographie, signée par l'artiste italien lui-même, utilise des images puissantes : des projections de paysages désertiques, des jeux de lumière rasante, et une utilisation magistrale de l'espace vertical de la Felsenreitschule. Les chœurs, placés dans les gradins, semblaient surgir de la roche, créant une atmosphère à la fois archaïque et intemporelle.

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Une direction musicale d'exception

À la baguette, le chef d'orchestre Ingo Metzmacher a su rendre toute la complexité de la partition de Messiaen, avec ses couleurs orchestrales inouïes et ses chants d'oiseaux. L'Orchestre philharmonique de Vienne, au sommet de son art, a offert une lecture d'une précision et d'une intensité rares. Le rôle-titre était tenu par le baryton Georg Nigl, dont la performance vocale et scénique a été saluée par la critique. Il a su incarner avec justesse la ferveur et l'humilité du saint.

Une expérience sensorielle et spirituelle

Le public, visiblement ému, a réservé une ovation debout à toute l'équipe. Certains spectateurs, interrogés à la sortie, ont confié avoir vécu "une expérience quasi religieuse". Le pari de Castellucci, qui consiste à rendre le sacré tangible sur scène, semble avoir été gagné. Comme il l'a déclaré dans une interview : "François n'est pas un héros, c'est un homme qui se dépouille de tout pour trouver la grâce. J'ai voulu montrer ce dépouillement, cette nudité essentielle."

Un festival qui ose

Cette production s'inscrit dans la lignée des choix audacieux du Festival de Salzbourg, qui n'hésite pas à confier des œuvres majeures à des metteurs en scène venus d'autres horizons. Romeo Castellucci, habitué des scènes de théâtre et d'opéra les plus avant-gardistes, apporte ici une vision singulière, qui interroge notre rapport au sacré et à la nature.

Le festival, qui se poursuit jusqu'à la fin du mois d'août, propose encore de nombreux concerts et opéras. Mais il est fort à parier que cette Saint François restera comme l'un des moments forts de cette édition 2026.

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