« Les Misérables » de Fred Cavayé : un grand film populaire porté par Lindon et Rahim
« Les Misérables » : Lindon et Rahim épatent dans l'adaptation

La nouvelle adaptation des Misérables de Victor Hugo, signée Fred Cavayé, sort en salles ce mercredi 14 octobre 2026. Portée par un casting remarquable, cette superproduction française de 34 millions d'euros impressionne par sa tension et sa noirceur, même si elle ne peut restituer toutes les dimensions du roman original.

Un casting all stars au service d'un classique

Après Illusions perdues (2021), Les Trois Mousquetaires (2023) et Le Comte de Monte-Cristo (2024), la France poursuit son exploration des grands classiques littéraires avec cette nouvelle adaptation des Misérables. Le film suit le même principe de production que ses prédécesseurs : un grand studio (Studiocanal), un budget conséquent d'environ 34 millions d'euros, une durée imposante de 2 h 56 et une distribution « all stars ».

Le choix de Vincent Lindon pour incarner Jean Valjean semble pertinent, tant l'acteur est connu pour ses engagements. Le film débute cependant avec le jeune et musculeux Louis Peres, qui incarne Valjean dans sa jeunesse, avant ses dix-neuf ans de bagne. On suit ainsi le héros depuis le vol du pain jusqu'à sa rencontre avec l'évêque de Digne, avant qu'il ne revienne métamorphosé en Lindon, dont le jeu est salué pour sa sobriété intense.

Javert et les Thénardier, des personnages approfondis

Tahar Rahim, éblouissant, fait quasiment jeu égal avec Valjean dans un bras-de-fer allégorique entre la Loi et la Justice. Le film insiste sur le passé modeste et traumatique de Javert (fils d'une cartomancienne qui l'a abandonné), soulignant son âme tourmentée et amplifiant sa dimension tragique, au point d'émouvoir le spectateur à sa chute.

Les Thénardier, incarnés par Camille Cottin et Benjamin Lavernhe, sont portraiturés comme deux affreux conscients de l'être, se vengeant de leur sort. L'homme est veule et roublard, tandis que la femme porte la culotte et le couteau, une actualisation bien vue qui accorde une place accrue aux femmes.

Une adaptation fidèle mais incomplète

Le film fait mouche dans son actualisation en donnant plus d'importance aux personnages féminins. Noémie Merlant incarne Fantine avec beaucoup d'émotion, tandis que Megan Northam (Cosette) et Marie Colomb (Éponine) gagnent en indépendance d'esprit et de geste. Vassili Schneider, en Marius, forme avec elles une incarnation idéale de la jeunesse exaltée et révoltée.

Appliqué à restituer les épisodes clés d'un chef-d'œuvre de 1 700 pages en moins de trois heures, le film ne peut rendre compte de toutes ses dimensions romanesques, historiques, sociales, politiques et métaphysiques. Très bien produit, bien adapté et dialogué avec modernité, il maintient une rare tension jusqu'au bout et excelle dans les scènes de poursuite et d'action, mais il a le souffle un peu court quand il s'agit de monter en haut des barricades. Une invitation à (re)lire Les Misérables.