Santé mentale des jeunes : l'IA, un « tsunami à venir » selon une experte
Santé mentale : l'IA, un « tsunami à venir » pour les jeunes

Le 26 septembre 2026, la Maison des Métallos (Paris 11e) a accueilli la première journée consacrée à la santé mentale, organisée par la rédaction du « Nouvel Obs » avec le Groupe VYV et le Groupe SOS. Parmi les nombreux débats, celui consacré aux risques psychiques liés à l'usage de l'intelligence artificielle (IA) chez les jeunes a particulièrement retenu l'attention. Delphine Maisonneuve, directrice générale du Groupe VYV et de VYV3, a qualifié ce phénomène de « tsunami à venir ».

Une enquête révèle l'ampleur de l'usage de l'IA chez les jeunes

Selon une enquête menée par VYV et la Cnil auprès de jeunes de quatre pays européens, plus de 80 % d'entre eux utilisent l'IA, y compris les jeunes de 11 ans, qui sont deux tiers à y recourir. Près de la moitié des interrogés (46 %) estiment que l'IA peut faire office de psychologue. Un tiers la juge même plus compétente que les humains pour des conseils intimes, et une proportion identique pense qu'elle « comprend les émotions humaines ».

Ulysse Morattib-Lefour, étudiant de 21 ans et membre du comité jeunesse d'AI*Me, une initiative du Groupe VYV, confirme cette tendance : « Bien sûr qu'il m'arrive de l'utiliser, y compris pour répondre à des questions intimes. Et bien sûr que l'IA nous donne l'impression qu'elle nous comprend. L'illusion est parfaite ! » Selon lui, l'IA est perçue par beaucoup de jeunes comme « hyper pratique, disponible H24 sans avoir à quitter leur chambre et surtout, facile – ils se disent qu'ils s'adressent à une entité qui ne les jugera pas, contrairement à un psy ».

Des dangers réels et l'absence de cadre médical

Jasmina Mallet, psychiatre et professeure à l'université d'Orléans, met en garde contre le fait qu'une relation thérapeutique ne peut être remplacée par une conversation avec une IA. « Une relation thérapeutique n'est pas une conversation entre deux personnes comme on en aurait avec un ami, mais une rencontre avec un praticien qui sait écouter, se mettre à votre place – ce qu'aucune machine ne saura jamais faire – et qui, quelquefois, n'est pas d'accord avec vous », explique-t-elle. Elle souligne que l'IA « ne vous contredit pas, va toujours dans votre sens », ce qui peut conforter l'usager dans ses schémas de pensée sans lui permettre d'évoluer.

Le danger est réel : plusieurs personnes ont été incitées au suicide par une IA, comme l'adolescent américain Adam Raine qui, en avril 2025, s'est donné la mort sur des instructions fournies par ChatGPT. « Le problème n'est pas que des adolescents consultent l'IA, mais qu'il n'existe pas de signaux d'alerte si leur vie est en danger », affirme la psychiatre.

La protection des données et la nécessité d'informer

L'étude VYV-Cnil révèle également que les jeunes sont conscients du problème de la confidentialité des données personnelles et familiales qu'ils fournissent aux IA. Ulysse Morattib-Lefour s'interroge : « Quelle est la confidentialité de ces données ? Qui va les revendre et pour quel usage ? On ne le sait pas. »

Delphine Maisonneuve plaide pour une information et une sensibilisation accrues des jeunes et de leurs parents, plutôt qu'une interdiction pure et simple. « Il est urgent de les informer et de les sensibiliser, comme on doit le faire aussi avec leurs parents », déclare-t-elle. Le Groupe VYV prépare d'ailleurs « un livret pour le collège et une BD pour sensibiliser ces publics ».

Elle appelle aussi à une réponse politique face aux géants américains : « Nous contribuons ainsi aux réflexions des régulateurs européens en les alertant sur les logiques addictives que génèrent ces technologies. Surtout, nous les encourageons à agir vite, car le temps presse. Il ne s'agit nullement de bloquer les innovations, mais de doter nos pays de davantage de transparence et davantage de garde-fous. » Le règlement européen « IA Act », voté en 2024, doit être mis en œuvre prochainement. « Sur ce dossier, il ne faut pas baisser les bras », conclut Delphine Maisonneuve, alors que l'avenir psychique de la jeunesse européenne est en jeu.