Le premier long-métrage de Marina Atlan, La Gradiva, a été récompensé du Grand Prix de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, puis a reçu un nouveau prix au Festival de Deauville. Ce film, porté par Antonia Buresi dans le rôle d'une enseignante dynamique, suit un voyage scolaire à Naples et plonge au cœur des préoccupations d'une jeunesse confrontée à un avenir incertain. Il s'impose comme l'un des meilleurs films français de l'année.
À une époque où les lycéens sont descendus dans les rues pour défendre leurs droits, ce film capte leurs angoisses, leurs espoirs et leur force avec un naturel saisissant. Marina Atlan saisit des moments de leur dernier voyage avant les études supérieures, un tournant dans leur vie qu'elle partage avec le spectateur pour mieux comprendre cette génération. Elle a expliqué à 20 Minutes comment elle est parvenue à ce résultat réaliste et lumineux, dont les passages tragiques renforcent la puissance.
Une approche documentaire pour un réalisme saisissant
Pour rendre les rapports entre les jeunes si naturels, Marina Atlan s'est mise dans « plein de situations de confrontation au réel en rencontrant des adolescents, avec une approche documentaire ». Elle a ensuite travaillé avec la coscénariste Anne Brouillet sur le scénario, en réécrivant jusqu'à tenter d'atteindre un sentiment très réel. Les personnages sont inspirés de gens croisés et de souvenirs d'adolescence mis en commun.
« On a vraiment voulu constituer des personnages dans leurs contradictions, leur ambivalence, leur complexité, en acceptant aussi qu'on ne puisse pas tout saisir de quelqu'un », a-t-elle précisé. Cette méthode a permis de créer des personnages crédibles et profonds, loin des stéréotypes.
Un casting sauvage de plus de deux ans
Les jeunes acteurs ont été trouvés dans des endroits variés : écoles, manifestations, réseaux sociaux. Le casting sauvage a duré plus de deux ans. « Il s'agissait d'aller chercher le familier. C'est aussi pour ça qu'on est allé vers des acteurs qui n'ont jamais joué, des visages qu'on découvre », explique la réalisatrice. Cette quête du quotidien était essentielle : « Il fallait trouver cette sensation du quotidien, du banal parce que c'est dans cette banalité que va se jouer l'extraordinaire de la comédie humaine ».
Les personnages étaient très écrits, mais les acteurs se les sont appropriés. Par exemple, Mitia Capellier-Audat, qui incarne James, est très politisé dans la vraie vie. « Il a donc pris une place particulière dans le film parce qu'il sait manier le langage, ce qui est aussi une façon de montrer d'où il vient », a souligné Marina Atlan.
Souder le groupe et préserver la spontanéité
Pour souder le groupe, les acteurs, qui ne se connaissaient pas au départ, ont fait des répétitions et des sorties ensemble : visites au musée, séances de cinéma. Ils ont notamment vu Entre les murs de Laurent Cantet et Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, suivies de discussions sur leurs ressentis et les dispositifs de tournage.
Marina Atlan était convaincue que ce travail ne nuirait pas à la spontanéité : « Plus une phrase a été mise en bouche, plus son rythme est connu, et plus quelque chose de très libre et de très juste peut arriver sur le plateau ». Elle s'est inspirée de cinéastes comme Jacques Rozier ou John Cassavetes. Les jeunes se sont habitués à la voir avec une petite caméra à la main, au point de ne plus y prêter attention.
Une jeunesse désemparée mais porteuse d'espoir
La réalisatrice redoutait de faire un film de « boomeuse ». « J'ai essayé de m'impliquer dans le groupe car je ne voulais en aucun cas fantasmer une jeunesse », a-t-elle confié. Elle a tenu à se confronter aux enjeux actuels, au rapport au temps et à ce qui se joue pour les jeunes. « Il s'agissait de ne pas faire le film à leur insu, mais avec eux. Il faut prendre les jeunes au sérieux et écouter ce qu'ils ont à dire ». Cette écoute a révélé une jeunesse désemparée, abîmée, qui n'est plus dupe du mythe de la méritocratie ni de l'école comme lieu d'émancipation.
« Je trouve ça formidable qu'ils se saisissent de leur avenir. Ils nous redisent qu'il faut avoir de l'espoir », a-t-elle ajouté. Elle a souligné que le niveau de répression qu'ils subissent montre qu'ils sont « dangereux pour un système qui a peur d'eux ». Marina Atlan conclut : « L'attention et la confiance nous ont permis de fabriquer ce film. Il serait bien qu'ils rencontrent le même respect partout où ils tentent de s'exprimer ».