Érosion du littoral en Occitanie : l'État et les élus unissent leurs forces
Érosion du littoral : l'État et les élus montent au front

Face à l'érosion du littoral en Occitanie, l'État et les élus locaux montent au front. Lors des Rencontres du littoral organisées par Midi Libre le 13 octobre, le préfet d'Occitanie, Fabrice Rigoulet-Roze, a présenté une nouvelle note d'enjeux portant sur la mise en œuvre de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) 2025-2030. Ce document, destiné à toutes les collectivités, alerte sur l'ampleur du phénomène : « plus d'un tiers du littoral a reculé depuis 1977 avec une perte de plus d'un mètre tous les 5 ans selon les communes. La montée des eaux aggravera ces effets dans les décennies à venir ».

Un phénomène inexorable et prévisible

Matthieu Grégory, directeur adjoint de la Dreal-Occitanie, présent aux Rencontres du littoral, rappelle que « l'érosion du trait de côte, la disparition d'une plage et des habitations en bord de mer, c'est quelque chose de prévisible, d'inexorable et de connu ». Selon lui, il est nécessaire d'anticiper les adaptations et les relocalisations à travers six stratégies locales du SNGITC : golfe d'Aigues-Mortes, bassin de Thau, Ouest Hérault, littoral du Narbonnais, côte du Roussillon et côte Vermeille.

La note de l'État souligne que dans trois décennies, « les premiers effets de l'élévation du niveau marin devraient se manifester », entraînant la disparition progressive des plages, la dégradation ou l'obsolescence des ouvrages de protection et l'intensification des épisodes de submersion marine. Des études menées notamment par l'EPF (établissement public foncier) alertent sur la modification à venir des fronts de mer d'Occitanie, avec 400 logements et 200 locaux d'activités exposés d'ici 2040 et plusieurs milliers en 2100.

Des questions cruciales : où protéger, où laisser faire ?

« Les questions c'est : où est-ce qu'on protège ? Où est-ce qu'on laisse faire ? L'idée c'est d'identifier de manière prospective ce qui va arriver et éviter de rajouter de l'habitat. On invite les collectivités à se lancer dans les expérimentations pour voir si à grande échelle, elles trouveraient une efficacité », poursuit Matthieu Grégory, rappelant l'élévation à venir de 90 cm du niveau de la mer d'ici 2050.

Des travaux de cartographie sont lancés par 12 communes du littoral soumises aux risques, qui se sont déjà engagées dans le décret liste issu de la loi climat et résilience. C'est le cas de Gruissan (Aude), où le maire Didier Codorniou mène par ailleurs la stratégie régionale en tant que Premier vice-président de l'Occitanie et président du parlement de la mer, à travers la mise en place du PACLO (plan d'adaptation au changement climatique du littoral d'Occitanie).

Des élus partagés entre innovation et manque de moyens

« Le recul stratégique, c'est parfois difficile, il y a peu d'espace et la loi ZAN, zéro artificialisation nette est contraignante comme la loi Littoral », analyse Didier Codorniou, qui prône aussi les solutions : « Je suis pour l'innovation et l'expérimentation, quand on peut les dupliquer. L'habitat flottant est une piste, comme l'habitat sur les pilotis. »

Gwendoline Chaudoir, maire de Portiragnes (Hérault), commune sujette à l'érosion, n'a pas encore signé le décret liste. Cette vice-présidente de l'Anel (association nationale des élus du littoral) demande plus d'aide de l'État et notamment un fonds de solidarité nationale. « On nous transfère la responsabilité, mais sans les moyens financiers, sans répondre aux populations, et avec la loi des finances qui arrive, on ne sait pas faire ! », tranche l'élue, par ailleurs présidente du Scot du Biterrois, qui représente 87 communes et 5 intercommunalités. Elle porte à ce titre la stratégie locale du trait de côte. « J'ai reçu des courriers et ce n'était jamais arrivé, de gens qui s'inquiètent et se demandent comment seront indemnisés leurs biens et quel est leur avenir ».

Sur sa commune, un parking en bord de mer va être délocalisé et des expérimentations ont donné satisfaction en mer, au Grau-d'Agde, pour briser la houle. Des solutions existent pour retarder l'échéance, à l'instar de Line-up Ocean, qui avec son projet Surf life rif, développe à Palavas un disperseur d'énergie. « Il n'y a pas de solution miracle mais des stratégies qui peuvent être répliquées. Il y a nécessité d'identifier les moteurs de l'érosion et instrumenter le site avant le déploiement », estime Robin Alauze, le fondateur.