Ce jeudi 16 juillet 2026, Keziah Jones jouait pour la première fois à Jazz à Juan, à Juan-les-Pins. Quelques heures avant son concert, l'inventeur du blufunk s'est confié en interview, évoquant aussi bien les grands noms qui l'ont précédé sur cette scène que la nouvelle vague musicale nigériane.
Un artiste fidèle à ses accessoires
À 58 ans, Keziah Jones n'a rien perdu de son style. Dans le salon de l'AC Hôtel Ambassadeur où il nous accueille, il arbore ses deux incontournables accessoires : un chapeau pour le style et une guitare pour le reste. Le Nigérian, qui a débuté dans les couloirs du métro parisien, compte bien jouer encore longtemps. Il se produira également aux Nuits de Robinson le 4 août à Mandelieu.
« Tous les grands sont passés ici, je me sens vraiment en bonne compagnie. Je suis très privilégié et heureux d'être ici. En plus des musiciens, beaucoup d'auteurs américains sont venus dans la région aussi. Je ressens une affinité avec eux, pour leur histoire et leur capacité à transmettre la culture noire au monde », nous assure-t-il d'entrée.
1992 : la naissance du blufunk et le tube « Rhythm is Love »
Keziah Jones a inventé le blufunk, un genre hybride dont il a posé les bases en 1992 avec l'album Blufunk is a Fact!. Pour lui, créer sa propre étiquette était une évidence. « Quand j'étais jeune au Nigeria, chacun développait son propre style. King Sunny Ade avait le syncro system, Fela Kuti a inventé l'afrobeat. Moi, j'ai appelé ce que je faisais le blufunk. C'est basiquement le fait de réunir la percussion, la basse et la guitare en même temps. Quand je jouais dans la rue, cela avait beaucoup de sens d'avoir mon propre style, de pouvoir exprimer ma sensibilité dans mon propre monde. »
Le grand public a découvert son univers grâce au single « Rhythm is Love », présent sur ce premier album. Trente-cinq ans après sa sortie, il en raconte l'histoire. « J'étais amoureux d'une femme plus âgée que moi, et je ne l'intéressais pas. Je me suis servi de cette chanson pour transformer mes sentiments envers elle en quelque chose de réel. La musique permet cela aussi, j'imaginais qu'elle et moi étions ensemble. Les femmes nous poussent souvent à faire des choses incroyables, vous savez. » Interrogé sur l'issue de cette histoire, il révèle un happy end : « Oui, et c'était incroyable. On s'est retrouvés quand je suis rentré au Nigeria pour expliquer à mon père que je voulais faire de la musique sérieusement. J'ai eu de la chance. »
Un nouvel album d'ici la fin de l'année
Après une décennie de silence, un départ de sa maison de disques et une période consacrée à d'autres disciplines artistiques comme la peinture et le dessin, Keziah Jones est revenu l'an dernier avec Alive & Kicking, un disque mêlant captations live, reprises de The Police et Rick James, ainsi que deux inédits, « Rainy Saturday » et « Melissa ». Cette dernière chanson est elle aussi une histoire de cœur : « Oui, c'est une très vieille chanson. Elle parle de la plus belle fille de l'école, quand j'étais petit. J'avais voulu chanter pour elle, je m'étais mis au piano à l'époque, c'était très embarrassant », sourit-il.
À la fin de l'année 2026, Keziah Jones sortira un album de chansons originales. « Ce sera du blufunk, mais avec un côté digitalisé. Le résultat sera intéressant, on commence à jouer quelques morceaux en live, comme ici à Juan. » Sans dévoiler de grands secrets, il indique que quelques invités pourraient se joindre à lui pour l'occasion.
Aux premières loges du « boom » nigérian
Keziah Jones observe avec fierté l'essor de ses compatriotes sur la scène internationale, comme Wizkid, Burna Boy, Davido ou Omah Lay. « Cette génération fait des choses incroyables, je l'avais senti venir à partir du moment où j'ai vu mes neveux et nièces se mettre à créer de la musique seulement à partir de leur ordinateur. Je suis très fier de ce que ces artistes ont accompli. Ma génération a dû venir en Europe pour s'imposer, eux l'ont fait depuis le Nigeria. »
Interrogé sur l'attachement particulier du public français à son égard, il avance une hypothèse : « Peut-être que la combinaison de ma musique très énergique, mon style de jeu à la guitare et ma façon de m'habiller ont compté. Pour moi, Paris a en tout cas été une grande influence, je pensais souvent aux auteurs américains comme James Baldwin ou Richard Wright qui s'étaient inspirés de la ville. »
Keziah Jones sera en concert le 4 août à Mandelieu, aux Nuits de Robinson.



