Isaiah Collier, hommage à Coltrane et sagesse à Jazz à Valrose à Nice
Isaiah Collier, hommage à Coltrane et sagesse à Jazz à Valrose

Vendredi 5 juin, pour son ouverture, Jazz à Valrose a réussi son pari. En programmant Isaiah Collier, les organisateurs de la Direction de la culture d’Université Côte d’Azur n’avaient pas fait un choix « facile ». Non pas parce que le garçon manque de talent, loin de là. Mais parce que certaines envolées de son quatuor pourraient paraître complexes pour un public non initié. Sur le gazon du campus, tout le monde a fini par se laisser porter par le charisme et le brio du saxophoniste américain de 27 ans.

En 2024, déjà, les spectateurs du Nice Jazz Festival s’étaient pris une vraie claque. Isaiah Collier, qui avait été appelé en dernière minute pour remplacer le vétéran éthiopien Mulatu Astatke, s’en souvient comme si c’était hier. « J’étais très content parce que cela faisait un moment que je voulais voir Thee Sacred Soul en concert. Et là, je me retrouvais à jouer juste après eux, incroyable ! Cette soirée était tellement belle. Il y avait de l’énergie, c’était vivant. »

Attirer l’attention, avec ses propres intentions

Le musicien a le sens du style, cela saute aux yeux. Pour sa première venue à Nice, il avait arboré des lunettes-masque assez futuriste. Cette fois, il arborait un kimono sans manches, dégoté le jour même sur la Côte d’Azur. « Quand j’ai commencé à jouer, ma mère me répétait tout le temps : "Ils te voient avant de t’entendre." Je ne le comprenais pas au début », assure le jazzman originaire de Chicago. Cette manière de se présenter aux autres est englobée dans une réflexion plus globale qu’il donne au sens de sa carrière. « Nous jouons de la musique pour différentes raisons. Notre plus petit dénominateur commun, c’est sans doute la recherche de l’attention. Mais cette attention, pour moi, elle doit venir des intentions que nous mettons dans ce que nous faisons. »

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Son inévitable « rencontre » avec Coltrane

À Valrose, Isaiah Collier a rendu hommage à John Coltrane, dont on célèbre le centenaire de sa naissance en 2026. Là aussi, le jeune artiste, déjà plein de sagesse, y voit une dimension particulière. Il décrit le cheminement qui l’a conduit à appréhender pour de bon le génie de « Trane ». « Quand j’ai eu mon saxophone, mon père m’a dit qu’il y avait deux noms à connaître pour faire quelque chose de cet instrument : Charlie Parker et John Coltrane. J’ai écouté Bird [le surnom de Parker] et je n’ai pas réussi à comprendre. Avec Trane, j’ai vite trouvé plus de sens. Mais après, j’ai passé beaucoup de temps à l’éviter. »

Il faut croire que tous les chemins devaient le conduire à la source. « Je tournais autour, je m’intéressais à ses acolytes, comme Pharoah Sanders. J’aimais des morceaux comme Moments Noticed ou Equinox. Devinez qui les a composés ? Coltrane. J’ai aussi eu un mentor, Ari Brown, qui avait joué avec le batteur Elvin Jones dans Jazz Machine. Devinez avec qui avec Elvin a aussi travaillé… Il fallait que je m’occupe de mieux découvrir Coltrane, c’était une évidence. »

Totalement dévoué à son art, guidé par la joie

La trajectoire personnelle de Coltrane, loin d’être linéaire, le guide aussi, d’une autre manière. « Ce gars a tout surmonté. Il était dans la marine à Pearl Harbor, il aurait pu y rester, et nous n’aurions pas cette conversation. Au retour, il n’y avait évidemment rien pour l’aider sur le plan mental. Il a enduré, il est tombé dans les narcotiques, il a lutté pour sa vie. Puis quand il a décidé de s’en sortir, il a décidé de tout donner pour la musique. Quand les gens parlent de lui aujourd’hui, ils évoquent sa discipline, son dévouement. C’est ce que je suis en train de faire, je suis dans le processus. »

Celui qui pratique le saxophone depuis l’âge de 11 ans et qui a sorti son premier disque, Return of the Black Emperor, en 2019, s’apprête à présenter un nouvel EP le 31 juillet. Son titre ? Joy, comme le single dévoilé il y a deux semaines, sur lequel Isaiah Collier donne aussi de la voix et délaisse un temps son saxo pour un piano.

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Dans une période trouble, après avoir teinté ses compositions de colère face au racisme ou à la violence de notre monde, l’heure semble à l’apaisement. Sans se voiler totalement la face. « On voudrait tout compartimenter. Mais nous ne sommes pas des machines, nous sommes humains. Nous devons écouter nos ressentis, nos émotions. Nous devons aussi accueillir le bonheur quand il arrive. Sinon, nous allons exploser. »