Imaginez la démesure : un demi-million de litres de bière, soit un million de pintes, qui s'écoulent en quatre jours de liesse païenne. Sous un ciel ligérien de juin oscillant entre l'orage électrique et la canicule de plomb, six scènes disposées sur un domaine de 127 hectares s'apprêtent à recevoir 60 000 âmes quotidiennes. Une réunion archaïque et profondément humaine, tel un banquet primitif, un rite sacrificiel, une communion des corps exorcisant la fin du monde autour d'un bûcher commun. Ce brasier dantesque porte un nom aux résonances d'exorcisme : le Hellfest.
Une histoire semée d'embûches
Établi à Clisson (Loire-Atlantique) depuis juin 2006, le festival convoque chaque année les vivants et les spectres du metal. D'Alice Cooper à The Offspring, en passant par Tom Morello, Deep Purple ou Behemoth, quelque 183 artistes prêchent pour les innombrables chapelles d'une religion du bruit qui n'a jamais rassemblé autant de dévots sous sa voûte infernale. Pourtant, le chemin du Hellfest a été jalonné d'obstacles. Il a ressuscité après une arnaque à 600 000 euros, s'est élevé sur un mensonge, a failli mourir dans la boue et dans une pandémie.
Une renaissance après la crise
En 2005, alors que le festival n'en était qu'à ses balbutiements, une escroquerie a failli tout anéantir. Mais les organisateurs ont su rebondir, transformant cette épreuve en tremplin. Aujourd'hui, le Hellfest est une institution nationale, un modèle de résilience et de passion. Du 18 au 21 juin, il fête ses 20 ans avec une programmation exceptionnelle.
Une atmosphère eschatologique nimbe pourtant cette édition. En annonçant que le dernier opus de Megadeth n'aurait pas de successeur, Dave Mustaine a propagé un séisme sur le thrash metal. Le groupe californien a décidé, au milieu des siens, de dire adieu à sa carrière entamée il y a quarante-trois ans. Ce geste symbolique marque la fin d'une époque, mais aussi la pérennité d'un festival qui a su traverser les tempêtes.



