Hongkong : les derniers libraires indépendants sommés de fermer
Hongkong : les derniers libraires indépendants sommés de fermer

Ils étaient les gardiens d'une certaine idée de la culture chinoise, ouverte sur le monde et sur les idées. Aujourd'hui, les derniers libraires indépendants de Hongkong sont contraints de baisser le rideau. La pression politique, la peur et la chute de la fréquentation ont eu raison de leurs dernières résistances. Selon les libraires eux-mêmes, la clientèle a chuté de 70% depuis l'adoption de la loi sur la sécurité nationale en 2020.

Une disparition annoncée

La librairie Mosses, l'une des plus anciennes et des plus respectées de la ville, a annoncé sa fermeture définitive pour la fin du mois. Son propriétaire, M. Chan, explique : « Nous avons tenu aussi longtemps que possible, mais il est devenu impossible de continuer. Les gens ont peur d'être vus en train d'acheter des livres qui ne sont pas approuvés. »

Cette fermeture n'est pas un cas isolé. Selon un recensement récent, il ne reste plus que 12 librairies indépendantes dans toute la ville, contre plus de 50 il y a cinq ans. La plupart sont situées dans les quartiers de Mong Kok et de Causeway Bay, autrefois animés par une vie intellectuelle bouillonnante.

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La loi sur la sécurité nationale en toile de fond

La loi sur la sécurité nationale, imposée par Pékin en juin 2020, a profondément modifié le paysage culturel de Hongkong. Les librairies qui proposaient des ouvrages jugés sensibles ont été perquisitionnées, leurs employés arrêtés. Plusieurs libraires ont été contraints de retirer des centaines de titres de leurs rayons, par crainte de représailles.

« Nous avons dû nous censurer nous-mêmes, confie une libraire qui a requis l'anonymat. Nous avons retiré tous les livres qui parlaient du mouvement de 2019, mais aussi des ouvrages d'histoire ou de sciences politiques qui étaient pourtant académiques. C'était une question de survie. »

Une clientèle qui se fait rare

La fréquentation a chuté de manière spectaculaire. Les habitués, autrefois nombreux à venir feuilleter les nouveautés ou discuter avec les libraires, se font désormais rares. Beaucoup ont quitté la ville, d'autres n'osent plus franchir la porte par crainte d'être surveillés.

Une jeune étudiante, qui fréquentait régulièrement la librairie Mosses, témoigne : « C'est triste. On perd un lieu où l'on pouvait penser librement. Maintenant, tout est aseptisé. » Selon elle, la nouvelle génération se tourne vers les lectures en ligne, mais aussi vers des contenus plus conformes.

Un symbole de la transformation de Hongkong

La disparition de ces librairies indépendantes est un symbole de la transformation profonde que connaît Hongkong. La ville, autrefois fière de sa liberté de pensée et d'expression, se conforme de plus en plus aux normes de la Chine continentale. Les libraires indépendants étaient les derniers bastions d'une certaine résistance culturelle.

« C'est une perte immense pour la ville, déplore M. Chan. Nous n'étions pas seulement des vendeurs de livres, nous étions des passeurs d'idées. Sans nous, la pensée critique s'étiole. » Il espère toutefois que la flamme ne s'éteindra pas complètement : « Peut-être que des librairies clandestines verront le jour, comme sous d'autres régimes. Mais ce ne sera plus jamais comme avant. »

Un avenir incertain

Pour l'instant, aucun signe d'embellie ne se profile. Les autorités locales, sous la houlette de Pékin, continuent de resserrer l'étau sur toute forme de dissidence. Les libraires indépendants savent qu'ils sont dans le collimateur. « Nous avons reçu des visites de la police à plusieurs reprises, raconte un autre libraire. Ils nous demandent ce que nous vendons, qui sont nos clients. C'est intimidant. »

La question est désormais de savoir si Hongkong pourra conserver une quelconque diversité culturelle. Certains observateurs estiment que la ville est en train de devenir une simple ville chinoise comme les autres, perdant son statut unique de pont entre l'Orient et l'Occident. D'autres, plus optimistes, espèrent que la créativité trouvera d'autres canaux, notamment numériques.

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Un appel à la mémoire

En attendant, les derniers libraires indépendants appellent à ne pas oublier ce qu'ils représentaient. « Nous avons besoin que les gens se souviennent de ce que Hongkong était, et de ce qu'elle pourrait redevenir », lance M. Chan. Il prévoit de créer un site internet pour documenter l'histoire de ces librairies, une manière de laisser une trace.

Ce projet, bien que modeste, est un acte de résistance. Il montre que, même face à l'adversité, certains refusent de renoncer à la liberté de pensée. Une lueur d'espoir dans un paysage culturel de plus en plus uniforme.