Le chef d'orchestre britannique d'origine hongroise Georg Solti, disparu en 1997, avait accordé un entretien au Nouvel Observateur en 1989. Dans cet échange, il livrait une réflexion saisissante sur son métier : « C'est le syndrome du dompteur : à la première faiblesse, le tigre vous bouffe. Et l'orchestre est un tigre… » Une métaphore qui en dit long sur sa conception exigeante de la direction.
Une formation d'exception à Budapest
Né en 1912 à Budapest, Georg Solti fut formé à l'Académie Franz-Liszt, où il eut notamment pour professeur Béla Bartók. De ces années fondatrices, il conservait une admiration indéfectible pour son maître. Cette influence se ressent dans son approche musicale, alliant rigueur et passion.
Anobli en 1972, Georg Solti a marqué l'histoire de la musique par son tempérament pugnace et sa spécialisation dans les œuvres lyriques. Il a dirigé les plus grands orchestres du monde, de Vienne à Chicago, laissant une empreinte durable.
Des confidences sur sa pratique des langues
Dans cet entretien, Solti se livrait aussi sur ses compétences linguistiques : « Je parle l'anglais. Et l'allemand, aussi. Mon italien n'est pas fameux, mon hongrois non plus, et mon français, exécrable. » Une franchise désarmante qui révèle l'homme derrière le chef.
Il expliquait que lorsqu'il retourne en Hongrie, sa langue maternelle lui revient progressivement : « Mais le premier jour, c'est un parfait chinois, un mélange épouvantable d'anglais, d'allemand, de… » Une anecdote qui illustre son attachement à ses racines.
Un héritage musical immense
Georg Solti a laissé une discographie considérable, notamment avec l'Orchestre symphonique de Chicago, qu'il a dirigé de 1969 à 1991. Il a remporté 31 Grammy Awards, un record pour un artiste classique. Son énergie communicative et sa précision rythmique restent des références.
Cet entretien de 1989, recueilli par Jacques Drillon, est un témoignage précieux sur la pensée d'un des plus grands chefs du XXe siècle. Il est aujourd'hui exhumé des archives du Nouvel Observateur pour le plus grand plaisir des mélomanes.



