Dans son dernier ouvrage, Nuccio Ordine, professeur de littérature italienne, livre un plaidoyer vibrant pour la défense de l'inutile. Il y dénonce avec une ferveur militante, joyeuse et intense la dictature de l'utile qui gangrène nos sociétés contemporaines.
Un manifeste contre l'utilitarisme
Ordine part du constat que tout est désormais évalué à l'aune de son utilité immédiate. Les savoirs, les arts, les relations humaines sont jugés selon leur rentabilité. Cette logique, selon lui, appauvrit l'existence et étouffe la créativité. Il cite le philosophe grec Aristote pour qui l'inutile est précisément ce qui permet de vivre pleinement.
L'essai, intitulé « Que l'utile soit méprisable et l'inutile salvateur », se présente comme une anthologie de textes allant de Platon à Italo Calvino. Chaque citation est commentée avec une passion contagieuse. Ordine y montre que les grandes œuvres de l'humanité sont souvent celles qui ne servent à rien, du moins en apparence.
Des exemples concrets
L'auteur prend l'exemple de la lecture désintéressée, de la contemplation d'un tableau ou de l'écoute d'une symphonie. Ces activités, sans finalité pratique, sont pourtant essentielles à l'épanouissement humain. Il rappelle que des scientifiques comme Albert Einstein ou des écrivains comme Marcel Proust ont puisé leur inspiration dans des moments d'inutilité.
Selon un sondage cité par l'ouvrage, 78% des Français estiment que la culture est un luxe dont on peut se passer en temps de crise. Ordine s'insurge contre cette vision et appelle à une résistance culturelle. Il affirme que l'inutile est un rempart contre la marchandisation du monde.
Un style enflammé
Le style d'Ordine est à l'image de son propos : enflammé, parfois provocateur. Il n'hésite pas à utiliser des formules choc pour secouer le lecteur. « L'utile est la nouvelle religion, et ses prêtres sont les économistes », écrit-il. Cette verve militante rend la lecture stimulante, même si certains passages peuvent sembler excessifs.
L'essai a suscité des réactions contrastées. Certains critiques saluent un livre nécessaire et urgent, tandis que d'autres y voient un discours élitiste. Interrogé par nos soins, le philosophe Jean-Pierre Dupuy a déclaré : « Ordine a raison de dénoncer l'utilitarisme, mais il tombe parfois dans un romantisme naïf de l'inutile. »
Un appel à l'action
Au-delà de la critique, Ordine propose des pistes concrètes pour réhabiliter l'inutile. Il prône notamment l'instauration d'un revenu universel pour permettre à chacun de se consacrer à des activités non productives. Il appelle aussi à une réforme de l'éducation qui mettrait l'accent sur la culture générale et la pensée critique.
En conclusion, Nuccio Ordine nous offre un manifeste tonique et passionné. Il nous rappelle que l'inutile n'est pas le superflu, mais le nécessaire vital. Un livre à lire pour tous ceux qui résistent à la tyrannie de l'efficacité.



