Neige à Séoul et mémoire de guerre : un auteur algérien partage son roman Houris
Neige à Séoul et mémoire : un auteur algérien raconte

Un paysage enneigé à Séoul éveille des souvenirs d'enfance et de guerre

Début décembre 2025, en Corée du Sud, une chute de neige transforme le paysage urbain. Derrière les vitres, l'auteur observe les flocons qui s'accumulent, voyant les passants ralentir leur pas, les arbres ployer sous le poids blanc, les sentiers et routes disparaître progressivement sous la couche immaculée. La nuit venue, la ville illuminée devient un fantôme apaisé, bercé par ce manteau neigeux.

Cette scène se déroule à l'autre bout du monde, en Extrême-Orient, là où aucun ancêtre de sa lignée ne s'est jamais rendu. Se tenant debout derrière cette fenêtre, il contemple cette Terre qui, pour les géographes, est ronde, mais qui, pour les voyageurs, semble plate et sans limites.

La neige comme révélateur d'un autre monde

Pour cet écrivain originaire d'un pays où la neige est rare et exceptionnelle, presque exotique, ce phénomène météorologique représente l'exact opposé du désert, son frère albinos. Dans son enfance, les rares chutes de neige lui ont révélé le silence, mais bien plus encore.

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Dans son pays natal, les conversations tournent principalement autour de la guerre de libération, de l'ancien colonisateur français, de la mémoire collective, des morts et des armes. Tout ce qui échappe à ce champ de bataille est considéré comme sans importance. Pourtant, ces éléments négligés - les feuilles d'arbres captant les rayons du soleil, la mer se déployant, le silence paisible, la douceur de la sieste, les montagnes attendant les voyageurs, l'eau, la musique persistant dans l'air - constituent l'essence même de la vie.

Dès sa première rencontre avec la neige à l'âge de quatre ans, il a immédiatement compris que le monde possédait une histoire différente de la sienne. Il a réalisé que l'existence pouvait se transformer en spectacle, en poésie, et plus tard, en ce qu'on nomme l'art ou l'amour. Enfant, il était réceptif à ces vérités immédiates.

Dans son pays, la neige suspend symboliquement la mort, la guerre, le temps et même l'école. Phénomène exceptionnel, elle est accueillie comme une suspension du temps lui-même. Elle révèle la beauté, comme si le monde extérieur faisait enfin halte chez eux, permettant de caresser sa fourrure blanche et de restituer l'inconnu.

Le roman Houris : entre mémoire et renaissance

L'auteur s'est rendu en Corée du Sud pour présenter son roman Houris. Comment raconter une histoire intime dans un pays inconnu, devant des lecteurs ignorant tout de son histoire natale ? Simplement en étant sincère et en relatant la vie.

Houris explore comment revenir à la vie après une guerre civile atroce, contrairement aux guerres contre les colonisateurs où l'ennemi est identifiable et étranger. Cette histoire s'applique à la guerre civile, mais également à la vie de chacun, traitant du retour à l'existence après un deuil, un chagrin, l'infortune, la perte de désir ou de sens, ou après la colère.

Comment réussir le deuil ? L'auteur a observé qu'on commence par retrouver les mots et une langue, puis on raconte. Cela soulage, car le poids est divisé par deux avec celui qui écoute, puis par mille, dix mille avec ceux qui lisent et s'y reconnaissent. Faire le deuil et revenir à la vie implique d'abord de retrouver et de construire une langue.

Le personnage principal est muet, pourtant il parle abondamment : c'est une joie de rencontrer quelqu'un qui vous écoute. Ainsi, Houris n'est pas seulement une histoire algérienne, mais une histoire humaine universelle. C'est la spécificité du roman comme art : il nous repose d'être nous-mêmes, il ajoute d'autres vies précieuses à la nôtre, il nous fait voyager, non seulement sur la Terre, mais aussi dans les âmes.

Les femmes au cœur du récit

Houris raconte l'histoire des femmes algériennes, mais aussi de toutes les femmes à travers le monde, du moins c'est ainsi qu'il a été imaginé et espéré. La femme donne la vie, la protège et renouvelle ce mystère qu'on a banalisé : tomber enceinte et créer de l'existence.

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Dans son pays, la situation des femmes est difficile. Elles élèvent des enfants dans la tristesse, la violence subie, la colère refoulée. Leurs enfants reprennent cette douleur, puis le pays entier. On ne peut pas avoir un peuple heureux avec des femmes tristes. Houris raconte comment une femme veut retrouver le bonheur de vivre et le bonheur d'enfanter.

Le mot « Houris » désigne les femmes rêvées par les musulmans au paradis, ces beautés célestes promises aux croyants. Des femmes parfaites : certains hommes rêvent de l'avenir en tuant les femmes de la vie présente. Ce mot a été choisi pour que, désormais, il désigne les femmes d'ici, nos compagnes, amours, mères, filles, sœurs et inconnues.

La mémoire de la guerre civile algérienne

Le roman évoque également une guerre civile en Algérie qui a duré dix ans, fait plus de 200 000 morts et dont il est interdit de parler sous peine d'emprisonnement. Chaque pays possède une histoire de guerre, et les plus cruelles restent longtemps dans la mémoire. Une question universelle se pose : faut-il toujours parler de la guerre pour qu'elle ne se reproduise plus jamais ou, au contraire, l'oublier pour que nos enfants vivent heureux ? Que faire de la mémoire ?

En écrivant ce roman, l'auteur a compris qu'on ne peut pas vivre sans passer par le chemin de la mémoire, du souvenir, des interrogations posées au passé. L'erreur est d'y rester, au lieu de revenir vers la vie au présent avec des réponses. C'est une idée philosophique simple : si je continue à parler à mes morts, je n'aurai pas le temps de parler à mes enfants ni de faire quoi que ce soit dans le présent. Il faut donc parler aux morts, les écouter, puis revenir pour discuter et vivre avec les vivants.

Les personnages face à la mémoire

Les personnages du roman abordent la question de la mémoire et de son impact sur le bonheur de différentes manières. Aïssa, par exemple, est incapable d'oublier quoi que ce soit, tandis que Hamra croit que l'oubli est une clé du bonheur. L'imam, quant à lui, pense que les souvenirs ne servent qu'à la douleur et se protège en créant une fausse mémoire.

Houris est le titre de ce livre. Aube, son personnage, y parle dans le plus grand silence : le dialogue d'une mère enceinte avec la vie dans son ventre. « Je suis allongée sur mon lit, les paupières fermées, avec toi dans le ventre comme la lune dans l'eau. »

L'auteur espère que cette histoire, interdite dans son pays natal, plaira aux lecteurs et montrera combien il aime la vie quand il parle de la guerre. Ce voyage en Corée l'a profondément marqué, car c'est aussi loin qu'il a pu aller en lui-même en regardant la neige tomber, ce début de décembre.