Après plus d'un siècle, dix santons en cire datant de 1888 ont retrouvé une nouvelle vie. Retrouvés il y a trois ans dans un garde-meuble niçois appartenant à l'État monégasque, ils ont été rapatriés en Principauté et ont fait l'objet de leur première restauration depuis le XIXᵉ siècle. Exposés provisoirement dans la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale de Monaco, ils réintégreront la crèche de Noël dès le mois de décembre.
Un don américain a permis le lancement des travaux
Les travaux de restauration n'ont pu être lancés que récemment grâce à un don considérable laissé par une famille américaine à la suite d'un mariage célébré à la cathédrale. Pendant quatre mois, les santons ont été soumis à des interventions minutieuses pour la première fois depuis leur création. Ils étaient présents à la première messe de la cathédrale et seront bientôt à nouveau exposés au grand public.
Des personnages bibliques d'1,30 mètre
Les santons représentent différentes figures bibliques, dont les Rois mages, Jésus et la bergère. D'une hauteur moyenne d'un mètre trente, ils resteront exposés durant une semaine avant d'être entreposés, puis ressortiront début décembre pour l'installation de la crèche de Noël. « Cela a sans doute été un défi artistique. Avoir à travailler sur autant de personnages, de surcroît de cette taille, est très rare dans ce milieu. Je suis vraiment honorée d'avoir pu mettre mon savoir-faire au service de la restauration de ce patrimoine », confie Stéphanie Duboc, restauratrice d'œuvres d'art spécialisée dans la sculpture et chargée de superviser le projet.
Un chantier aux multiples savoir-faire
Le travail mené par les différents artisans s'est révélé particulièrement minutieux. « Pour restaurer les costumes, on a dû déshabiller chaque personnage, archiver et répertorier chaque pièce une à une. On a aussi effectué des prises de mesures : sur certains personnages, un bras peut être dix centimètres plus long que l'autre », détaille Alexandra Latour, costumière spécialisée en broderie ayant participé au projet. « Pour se faire une idée, la restauration des seules capes des Rois mages a nécessité jusqu'à 130 heures de travail », poursuit-elle.
Des métiers d'art très spécifiques
Plusieurs corps de métier spécialisés ont été mobilisés. « On a vraiment fait appel à des métiers d'art très niches. Il y a eu des mouleurs, des sculpteurs, mais aussi une costumière spécialisée en broderie de luxe », explique Stéphanie Duboc. Une diversité de compétences devenue indispensable face à la complexité des interventions. « Pour les santons, nous avons choisi d'utiliser des vrais cheveux. Nous avons donc dû faire appel à des perruquiers, qui nous ont aidé à réaliser l'implantation, ainsi qu'à des spécialistes de la coiffure historique », continue-t-elle.
Entre restauration et recréation
Lorsqu'il s'agit de travailler avec une œuvre ancienne, une question revient systématiquement : jusqu'où peut-on restaurer et à partir de quel moment faut-il recréer ? « Certains personnages ne tenaient plus debout. Nous avons dû les restructurer. Nous voulions respecter les matériaux et les techniques traditionnelles et avons utilisé de la cire d'abeille similaire à celle employée à l'époque. Il a juste fallu trouver le bon équilibre entre la cire et le durcisseur afin d'obtenir une structure suffisamment solide », indique la restauratrice.
Les santons, ainsi que la grande majorité de leurs accessoires, n'avaient pourtant jamais été retouchés depuis la fin du XIXᵉ siècle. Selon Stéphanie Duboc, certains éléments étaient dans un état particulièrement dégradé : « Certains santons avaient les doigts cassés, des costumes déchirés et les chapeaux abîmés. Dans certains cas, il n'était tout simplement plus possible de restaurer les éléments d'origine. Nous avons donc dû les recréer, en nous inspirant de ce qui existait encore afin de réaliser des pièces les plus fidèles à l'original. »



