Vingt ans après son ouverture, la médiathèque Albert-Camus d'Antibes est devenue un véritable lieu de vie pour des milliers d'habitants. Retour sur l'histoire de cet équipement culturel, qui fêtera son anniversaire en décembre 2026.
Un projet né à la fin des années 1990
L'histoire commence bien avant 2006. À la fin des années 1990, le boulevard Gustave-Chancel abritait l'ancien garage Cheringou, laissé à l'abandon. C'est là que le nouveau maire de l'époque, Jean Leonetti, a lancé l'un de ses projets phares. « Il n'y avait pas d'équipement culturel structurant. L'ancienne bibliothèque de la place De-Gaulle occupait une simple maison de 250 m², dont le plancher ne supportait plus le poids du public », se souvient l'édile.
Le projet a suscité des interrogations, notamment sur l'utilité d'une médiathèque à l'ère du numérique. « Beaucoup d'opposants se demandaient à quoi servirait une médiathèque alors que tout semblait se numériser. Je pensais au contraire que les médias allaient transformer la culture. Il ne s'agissait plus seulement de prêter des livres, mais d'intégrer le numérique, la musique et l'image », explique Jean Leonetti.
Un investissement de 7,2 millions d'euros
Pour concrétiser cette ambition, 7,2 millions d'euros ont été investis dans la médiathèque, financés à 66 % par des subventions. À cela s'ajoutent 4,6 millions d'euros pour la réalisation d'un parking souterrain de quatre niveaux offrant 180 places en plein centre-ville.
Initialement annoncée pour 2003, l'ouverture a été repoussée de trois ans. « Le projet a pris du retard en raison des difficultés financières de la ville après les élections de 1995 ; les travaux n'ont finalement été achevés qu'en 2006 », précise Jean Leonetti.
Un bâtiment conçu par l'architecte Pierre Riboulet
L'architecte parisien Pierre Riboulet a conçu un bâtiment très ouvert, avec des passerelles symbolisant le passage entre les différents espaces culturels. Il n'a malheureusement pas vu l'aboutissement de l'un de ses derniers projets, puisqu'il est décédé avant l'inauguration.
La médiathèque a été baptisée du nom d'Albert Camus en 2010, auteur de L'étranger et prix Nobel de littérature en 1957. « Un parcours humain qui correspond bien à l'esprit de la médiathèque », détaille le premier magistrat, qui avait salué « l'universalité de son œuvre, l'humanisme qu'il incarne et son attachement à la Méditerranée » lors du baptême.
Un succès immédiat dès l'ouverture
Le 12 décembre 2006, le public découvre enfin l'équipement flambant neuf. « J'ai été très impressionné par les dimensions du bâtiment et par l'affluence ce jour-là. C'était une véritable fête », se rappelle Julien Elkaim, aujourd'hui adjoint au responsable de la médiathèque, Alexandre Moreigne.
Le succès est immédiat : plus de 4 000 personnes se sont inscrites au cours des trois premières semaines de décembre, sans compter les anciens abonnés de la bibliothèque municipale. Un an après son ouverture, la médiathèque comptait déjà plus de 25 000 abonnés.
Un lieu de vie et de lien social
« C'est un repère important dans la vie de nombreuses personnes, qui la fréquentent depuis le début et y ont traversé différentes étapes de leur vie. C'est un lieu central qui rompt l'isolement et favorise le lien social, notamment pour les personnes âgées », souligne Alexandre Moreigne.
Parmi les fidèles, Inès est abonnée depuis les premiers jours. « Je n'ai pas vu le temps passer ! », s'amuse-t-elle. Ancienne habituée de la bibliothèque municipale, elle a immédiatement perçu le changement. « On sortait du fonctionnement de la bibliothèque à l'ancienne. Ici, c'est un véritable lieu de vie, où l'on échange et où l'on a une richesse culturelle à portée de main. »
Jean-Pascal, retraité, pousse les portes de la médiathèque deux à trois fois par semaine. « Je joue de la batterie et je réserve régulièrement la salle de musique. C'est un équipement unique. Peu de médiathèques proposent ce type de service. »
Une fréquentation en hausse de 15 % en un an
L'an dernier, la médiathèque a accueilli 242 000 visiteurs, hors groupes scolaires et bibliothèque des Semboules, soit une hausse de fréquentation de 15 % en un an. Deux décennies après son ouverture, l'équipement culturel continue de séduire un public toujours plus nombreux.
Pour l'avenir, de nouvelles orientations seront débattues dès septembre. « Le développement durable sera au cœur de nos réflexions. Nous souhaitons également renforcer notre offre autour des jeux de société, accueillir une résidence d'auteurs et poursuivre le développement de l'éducation aux médias et à l'information, devenue l'un de nos chantiers prioritaires », détaille Alexandre Moreigne.
Seront aussi mis en place des ateliers et des conférences pour tous, « pour tester nos réflexes face aux biais cognitifs, face aux manipulations et théories du complot ». Et pourquoi pas, dans un futur plus lointain, avoir des « lieux culturels diversifiés et multiples ? On va décloisonner », imagine le premier magistrat.



