Max Rouquette : l'écrivain occitan entre traversée du désert et gloire tardive
Max Rouquette : traversée du désert et gloire

Max Rouquette, un écrivain occitan entre ombre et lumière

Max Rouquette, figure emblématique de la littérature occitane, a connu un parcours singulier, oscillant entre traversée du désert et gloire tardive. Né à Argelliers, dans l'Hérault, cet écrivain a choisi d'écrire en occitan, une décision qui a marqué sa vie et son œuvre.

Un choix de langue assumé malgré les critiques

Il avait fini par se faire éditer en français, s'attirant les foudres de certains occitanistes. Jacky Vilacèque, longtemps grand reporter à Midi Libre, avait rendu hommage à l'écrivain au lendemain de sa mort, le 24 juin 2005 : "Il est vain de rêver à ce que serait devenu Max Rouquette si, il y a longtemps, là-bas à l'orée d'un autre siècle, il n'avait choisi d'écrire en occitan. Il est vain de se dire que, peut-être, il aurait été Gracq ou Giono, un de ces écrivains qui puisent dans leur terre et irriguent le monde."

"À lui les prix sans doute, la gloire, le Nobel peut-être : ne murmurait-on pas son nom il y a peu d'années dans les couloirs de Stockholm ? Mais non : quand on lui posait l'immanquable question : « Vraiment ne regrettez-vous pas ? », le petit homme tiré à quatre épingles haussait les épaules et d'un français exquis parlait, parlait de la langue de ses pères." Cette "langue moribonde à défaut d'être tout à fait morte dont ses instituteurs, hussards noirs de la République, lui avaient enseigné la détestation", lisait-on dans Midi Libre.

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Une plaidoirie pour la dignité occitane

L'écrivain répondait par une plaidoirie pro domo : "Moi, fils de vignerons d'Argelliers, j'ai écrit pour tous ces gens à qui on a inculqué la honte d'être occitan, de parler une des vieilles et des plus belles langues d'Europe. J'ai voulu leur rendre leur dignité. Et si c'était à refaire, je le referais." Et pourtant, lui qui "avait une conscience méritée de sa valeur", rappelle Marie-Jeanne Verny, supportait mal, au fond, cette semi-clandestinité, une forme de confidentialité de son œuvre. Le militantisme occitan, qui plus est, prenait le pas sur la poésie.

La traversée du désert et la renaissance

Has been, Rouquette ? "Il s'est brouillé avec la jeune génération, il s'est recroquevillé sur lui-même", explique son fils Jean-Guilhem. Il s'arrête même d'écrire. "La traversée du désert s'est achevée, dans les années 1970, quand il a été traduit en français", souligne Marie-Jeanne Verny, qu'il s'en soit chargé lui-même ou que d'autres l'aient fait à sa place. "Il a eu droit à des articles dithyrambiques dans Le Monde, c'était la célébrité", se souvient son fils. Traduit même en une dizaine de langues, sa renommée fut européenne. "Une sorte de statue du Commandeur de la littérature", résumait Jacky Vilacèque.

Les critiques du monde occitan

La révérence d'un public de plus en plus nombreux n'empêcha pas les critiques dans le petit monde occitan, certains lui reprochant d'avoir trahi la cause. "C'était difficile pour les occitanistes farouchement opposés à ce que les œuvres soient traduites en français", conclut Jean-Guilhem Rouquette.

Un paradoxe familial

"La seule chose que je lui reproche, c'est qu'il ne nous ait pas parlé occitan", regrette aujourd'hui son fils Jean-Guilhem. "Il préférait peut-être que ça vienne de nous, plutôt que ce soit une langue d'autorité transmise par le père." Il l'avait apprise, lui, au contact de la domestique, du cantonnier Cyprien et de son fils. Il était arrivé la même chose à Suzanne, la fille de Robert Lafont, autre figure majeure de l'occitanisme. Il ne lui parlait qu'en français. "Mon père a produit chez moi un déracinement radical alors qu'il était la figure de « Vivre au pays »", constatait-elle dans nos colonnes en mars 2023.

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