Le Festival d'Avignon a débuté samedi 4 juillet avec la création de Julien Gosselin, « Maldoror », une adaptation des « Chants de Maldoror » de Lautréamont. Ce spectacle de quatre heures, présenté à la Carrière de Boulbon, mêle théâtre, musique électronique et projections vidéo pour plonger le public dans l'univers sombre et poétique de l'œuvre.
Une fresque immersive et démesurée
Julien Gosselin, connu pour ses mises en scène monumentales, a transformé la Carrière de Boulbon en un espace multisensoriel. Le public est assis sur des gradins tournants, tandis que des écrans géants diffusent des images hypnotiques. Les comédiens évoluent au milieu de structures métalliques et de jeux de lumière. « Nous voulions créer une expérience totale, où le spectateur est immergé dans le texte », a expliqué le metteur en scène.
Le spectacle reprend les six chants de Lautréamont, écrits entre 1868 et 1869, qui racontent les aventures du héros maléfique Maldoror. Gosselin y ajoute des éléments contemporains, comme des références à la culture numérique et à la violence politique. La musique, composée par le collectif électro, rythme la narration avec des pulsations lancinantes.
Un accueil mitigé de la critique
Les premières réactions sont partagées. Certains critiques saluent l'audace formelle et la puissance visuelle, tandis que d'autres déplorent une longueur excessive. « C'est un spectacle fascinant mais parfois épuisant », a commenté un journaliste de Libération. Le public, lui, semble conquis : les 800 places de la Carrière ont été vendues pour les six représentations prévues jusqu'au 10 juillet.
Le Festival d'Avignon, qui se tient jusqu'au 25 juillet, propose cette année une programmation éclectique avec 42 spectacles. « Maldoror » est l'un des temps forts, avec un budget de 1,2 million d'euros, financé en partie par des subventions publiques.
Un pari artistique risqué
Julien Gosselin, âgé de 38 ans, est considéré comme l'un des metteurs en scène les plus innovants de sa génération. Il avait déjà marqué le Festival en 2018 avec « Joueurs, Mao II, Les Noms », une adaptation de Don DeLillo. « Maldoror » confirme son goût pour les œuvres longues et hybrides. « Le théâtre doit sortir de ses cadres traditionnels », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse.
Le spectacle a nécessité six mois de répétitions et mobilise une équipe de 50 personnes, dont 12 comédiens et 8 musiciens. Les projections vidéo, réalisées par Pierre-Yves Bérenguer, utilisent des techniques de réalité augmentée. « Chaque soir est différent car les images sont générées en temps réel », précise le vidéaste.
Une œuvre qui interroge le mal
« Maldoror » explore les thèmes de la cruauté, de la révolte et de la métamorphose. Le personnage principal, incarné par le comédien Arthur Igual, est un anti-héros qui défie les dieux et les hommes. « C'est un manifeste contre toutes les formes d'oppression », analyse le dramaturge Guillaume Poix, qui a adapté le texte.
Le spectacle se termine par une scène apocalyptique où les écrans explosent en une pluie de pixels. Le public, debout, applaudit longuement. « C'est un choc esthétique, on en sort transformé », témoigne une spectatrice. Le Festival d'Avignon a réussi son pari : ouvrir avec une œuvre qui ne laisse personne indifférent.



