Cet été, « le Nouvel Obs » s’est amusé à jouer les assistants personnels pour de « very important vacanciers ». Aujourd’hui, on remplit les bagages du Prix Nobel de littérature, auteur de « Rue des boutiques obscures ».
Un été parisien pour Modiano
Le discret Patrick Modiano parle très peu de sa vie. On ne sait rien de ses habitudes estivales lorsqu’il quitte Paris – s’il quitte la ville, ce qui n’est pas certain. On ne lui connaît pas de refuges personnels autres que des lieux de mémoire, les rues de Paris justement, les cafés, les hôtels, les quartiers de son enfance. C’est pourquoi, en plus d’un livre qui pourrait lui plaire beaucoup, nous avons pour lui deux idées pour un été parisien.
Une exposition : « Madeleine de Sinéty »
Il y a quelque chose de Modiano dans le travail de Madeleine de Sinéty, cette jeune photographe poussée par le destin jusqu’au village perdu de Poilley (Ille-et-Vilaine) l’été 1971. Née dans un château du Val de Loire, l’aristocrate avait des manières simples et fut bien accueillie – elle allait rester ici sept années. A peine s’étonnait-on de la voir actionner sans cesse le petit œil curieux de son appareil. Un demi-siècle plus tard, chacune de ses photos est un miracle. Cinq enfants et un chien sur un chargement de pommes à cidre. Un homme à vélo menant par une corde un cheval de labour, Gitane au bec, sur une route déserte. Une femme à la traite dans une robe fleurie et des bottes de caoutchouc. Modiano suit les traces de chers disparus. Madeleine de Sinéty les saisissait avant qu’elles ne s’effacent. Les affinités sont bien là.
« Madeleine de Sinéty », au Jeu de Paume, Paris-1er. Jusqu’au 27 septembre.
Un livre : « la Mécanique de la poésie », par Federico García Lorca
Pour le poète d’Espagne, les grandes œuvres naissent de la fidélité à une intuition ancienne, une image, la présence mystérieuse des fantômes. Lorca avance vers l’inconnu sans savoir ce qu’il cherche. L’auteur de « Rue des Boutiques obscures » aussi. Le verbatim de cette conférence est pour lui. « La Mécanique de la poésie », par Federico García Lorca, traduit de l’espagnol par Line Amselem, Allia, 80 p., 7,50 euros.
Un film : « Jour de fête », par Jacques Tati
En 1949, pour filmer le monde qui s’en va, Tati œuvre en géographe. La Poste. La place du village. Les cafés. Tout est mémoire. Un peu de l’« esprit Modiano » en somme. Rendez-vous à la Cinémathèque le 10 juillet à 18 heures. « Jour de fête », par Jacques Tati (1949), à la Cinémathèque, Paris-12e.



