Julien Codaccioni : rencontre avec l'auteur des « crétins sympathiques »
Julien Codaccioni : rencontre avec l'auteur des « crétins sympathiques »

Julien Codaccioni, auteur de Deux p'tites baltringues (Melmat Cat), sera à Frontignan-Plage le samedi 17 octobre pour une balade littéraire pédestre du Firn au Grau. L'occasion de découvrir son univers peuplé de « crétins sympathiques » et son écriture rock, proche du slam.

Des personnages en marge, entre obsession et vécu

De son premier roman Poudre noire à Le paradoxe de Rio, en passant par son dernier ouvrage, Julien Codaccioni affectionne les personnages en marge, aux comportements d'adolescents attardés. Une obsession qui puise ses racines dans ses quinze années passées dans un collège gardois. « J'aime bien les crétins sympathiques, à la périphérie du sens commun, qui ignorent les codes sociaux parce qu'ils ne les maîtrisent pas, et sont des ados attardés. Cela me parle et me fait marrer », confie-t-il.

Si ses élèves lui ont fourni une matière première précieuse, l'auteur précise que son inspiration vient « plutôt de certains de mes potes, un peu attardés, et parce que je dois l'être aussi », plaisante-t-il. Ses anti-héros, jamais méchants, plutôt grands perdants d'un système qui voue un culte au néolibéralisme, se retrouvent toujours embarqués dans des situations inextricables, enchaînant des erreurs colossales.

« Deux p'tites baltringues » : un flingue, des rêves et des désillusions

Dans Deux p'tites baltringues, Mauro et son colocataire Yann, deux trentenaires en marge, se nourrissent de mangas et de surf. « En trouvant un flingue, ils imaginent que c'est le ticket du loto gagnant qui va changer leur vie. Ils vont se faire tout un film, sauf que c'est un flingue et qu'il va se passer tout le contraire de ce qu'ils imaginaient », résume l'auteur.

Julien Codaccioni partage avec ses personnages ses passions : surf, musique et mangas. Natif de Corse, il a l'insularité dans l'ADN, mais choisit de ne pas nommer l'île dans ses livres. « De toute façon, ce qui se passe en Corse se passe partout ailleurs, surtout sur le littoral, où il y a beaucoup de pognon à se faire avec la construction d'hôtels et de complexes touristiques, au détriment des habitants qui ne parviennent pas à se loger. Aussi il y a toujours dans mes bouquins un passage sur l'aversion néolibérale que je ressens et que j'aurai à vie », explique-t-il.

Un style rock, entre slam et engagement

Ancien membre du groupe de rock fusion tzigane 10 rue d'la Madeleine, Codaccioni a gardé une écriture courte et nerveuse. « J'écris comme j'écris une chanson. Le rythme des phrases doit coller à celui d'une chanson. Je passe donc beaucoup de temps à élaguer », dit-il, refusant l'étiquette de « littérature sérieuse ».

Concernant le mouvement lycéen, il affirme le comprendre, d'autant que sa fille se fait gazer quand elle manifeste. « Le bordel est loin d'être fini, car où que l'on regarde, rien ne va bien. Ce mouvement lycéen est essentiel. Il n'y a plus à discuter. Je comprends quand ils disent qu'il n'y a rien à discuter avec le gouvernement, car leurs revendications sont établies. Aussi, ils ont raison de continuer. Il faut y aller, d'autant qu'il y aura toujours des minorités à défendre et qu'il y a toujours des trucs à cramer. Les grands bourgeois qui nous gouvernent et nous disent qu'on en fait des caisses et qu'on ne fout rien, il faut qu'ils dégagent », commente-t-il.

Son prochain roman mettra en scène un groupe de rock, clin d'œil à son passé, qui se retrouve vingt ans plus tard engagé dans un combat contre le néolibéralisme, prêt à mettre le feu. Un défi pour un auteur qui a la phobie du feu et se considère plutôt comme « aquatique ». Rendez-vous est donné le 17 octobre à 10 h 30 au Grau, à Frontignan-Plage.