À Avignon, «Island Story» exhume un massacre oublié de l'ère coloniale
«Island Story» : un massacre colonial oublié ressurgit à Avignon

Le Festival d'Avignon fait place à une œuvre qui déterre les fantômes de l'histoire coloniale française. «Island Story», mis en scène par Julien Gosselin, plonge les spectateurs dans les fragments d'un massacre oublié sur l'île de Mana, en Guyane, au XIXe siècle. La pièce, présentée dans la cour du lycée Saint-Joseph, mêle théâtre documentaire et fiction pour redonner voix aux victimes de cette tragédie effacée des mémoires.

Un massacre colonial passé sous silence

En 1821, sur l'île de Mana, une colonie pénitentiaire française est le théâtre d'une révolte d'esclaves et de prisonniers, réprimée dans un bain de sang. Selon les archives historiques, plusieurs centaines de personnes furent exécutées sommairement, et leurs corps jetés à la mer. Julien Gosselin explique : «Ce massacre a été volontairement occulté par l'administration coloniale. Pendant des décennies, les rapports officiels n'en faisaient même pas mention.» La pièce s'appuie sur des documents d'époque, des lettres et des témoignages pour reconstituer les événements.

Un dispositif scénique immersif

La mise en scène de Gosselin utilise un dispositif immersif : vidéo, son spatialisé et jeu d'acteurs se combinent pour plonger le public dans l'atmosphère étouffante de la colonie. Les comédiens évoluent sur une scène circulaire, entourée d'écrans diffusant des images d'archives et des reconstitutions. «Nous voulions créer une expérience sensorielle qui force le spectateur à confronter la violence de l'histoire», précise le metteur en scène. La pièce dure trois heures sans entracte, une immersion totale dans la tragédie.

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Un écho aux révoltes contemporaines

Au-delà de la reconstitution historique, «Island Story» établit des parallèles avec les luttes actuelles contre les violences policières et le racisme systémique. Gosselin souligne : «Ce massacre est le symptôme d'un système colonial dont les séquelles persistent aujourd'hui. En Guyane comme ailleurs, les populations continuent de subir des injustices.» La pièce a été saluée par la critique pour sa puissance évocatrice et sa capacité à faire dialoguer passé et présent.

Un festival engagé

Le Festival d'Avignon, dirigé par Tiago Rodrigues, met cette année l'accent sur les questions de mémoire et de décolonisation. «Island Story» s'inscrit dans une programmation qui interroge les récits officiels et donne la parole aux oubliés de l'histoire. Rodrigues déclare : «Le théâtre est un lieu de résistance contre l'oubli. Nous devons regarder en face les pages les plus sombres de notre passé pour construire un avenir plus juste.»

Une œuvre nécessaire

Pour les spectateurs, la pièce est un choc. «Je ne connaissais pas ce massacre, cela me rend honteux», confie un spectateur à la sortie. Un autre ajoute : «C'est un devoir de mémoire que le théâtre nous offre. On ressort bouleversé, mais aussi plus conscient.» Julien Gosselin espère que sa pièce contribuera à faire connaître cette page d'histoire et à susciter des débats. «Island Story» est à l'affiche jusqu'au 14 juillet 2025.

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