Alors que le Tour de France touche à sa fin, deux ouvrages récents ravivent la mémoire d'un passionné de la petite reine souvent oublié : Émile Zola. Le célèbre romancier, père des Rougon-Macquart, fut en effet l'un des premiers grands promoteurs du vélo en France, bien avant que ce moyen de transport ne devienne un phénomène de masse.
Un amour né à la fin du XIXe siècle
En 1893, Zola s'offre deux bicyclettes : une pour lui-même et une pour sa maîtresse, Jeanne Rozerot, avec qui il eut deux enfants. Il a alors 53 ans et habite à Médan, dans les Yvelines. Le vélo lui permet de s'évader de son intense travail d'écriture. Dans une lettre de 1896, il décrit cette pratique comme « l'oubli total, la fuite dans la continuelle préoccupation de l'équilibre, même devenue inconsciente ». Il ajoute : « Je reviens de mes 15 à 20 kilomètres totalement rafraîchi, le cerveau comme nettoyé, remis à neuf pour le lendemain. »
Cette déclaration, souvent citée par les historiens du cyclisme, témoigne de l'importance que Zola accordait à l'exercice physique pour la santé mentale. À une époque où le vélo est encore une nouveauté technique, avec ses grandes roues et ses pneus en caoutchouc, l'écrivain en devient un ambassadeur influent.
Un promoteur avant l'heure
Zola ne se contente pas de pédaler ; il écrit sur le vélo, le défend dans la presse et l'intègre même dans ses romans. Dans Paris (1898), par exemple, le personnage de Pierre Froment utilise une bicyclette pour se déplacer dans la capitale. L'écrivain voit dans ce nouveau moyen de transport une promesse de liberté et de modernité, en phase avec ses idées progressistes.
Les deux livres récemment publiés, dont les titres ne sont pas précisés dans l'article original, explorent cette facette méconnue de la vie de Zola. Ils montrent comment sa pratique personnelle du vélo a influencé sa vision de la société et de la technologie. Selon les auteurs, Zola aurait même envisagé que la bicyclette puisse contribuer à une révolution sociale, en offrant une mobilité abordable à toutes les classes.
Des chemins manqués
Pourtant, cette révolution n'a pas eu lieu comme il l'espérait. Si le vélo s'est démocratisé, il n'a pas bouleversé les structures sociales aussi profondément que Zola l'imaginait. Les routes de campagne qu'il parcourait sont devenues des axes fréquentés par les voitures, et la bicyclette a souvent été reléguée au rang de loisir plutôt que de moyen de transport quotidien.
Malgré tout, l'héritage de Zola cycliste perdure. Les amateurs de vélo du XXIe siècle peuvent se reconnaître dans ses descriptions de l'ivresse de la vitesse et de la communion avec la nature. Ses 15 à 20 kilomètres quotidiens dans la vallée de la Seine sont l'ancêtre des sorties dominicales de millions de Français.
Un hommage à Médan
Aujourd'hui, la maison de Zola à Médan est un lieu de pèlerinage pour les admirateurs du romancier. On y trouve une exposition sur sa passion du vélo, avec des reproductions de lettres et de photographies le montrant à bicyclette dans les environs. C'est un rappel que les grands écrivains sont aussi des hommes de leur temps, et que le sport peut nourrir la création littéraire.
En cette fin de Tour de France, il est bon de se souvenir que l'un des plus grands noms de la littérature française fut aussi un pionnier du cyclisme, un précurseur qui, avant même les coureurs professionnels, vantait les mérites de la petite reine pour le corps et l'esprit.



