Dans un paysage où l’occitan peine à conserver sa place, la maison d’édition Jorn fait figure de gardienne du temple. Depuis Montpeyroux, dans l’Hérault, Jean-Paul Creissac et ses deux acolytes œuvrent à transmettre un patrimoine littéraire vivant, entre hommage aux grands auteurs et soutien à une nouvelle génération d’écrivains.
Trois hommes à la barre
Le siège de la maison d’édition se trouve à Montpeyroux, où réside Jean-Paul Creissac, viticulteur à la retraite. Il est accompagné de Jean-Claude Forêt à Montpellier et de Philippe Gardy à Bordeaux, répartis aux quatre coins de l’Occitanie. « Tout a commencé dans les années 80, confie Jean-Paul Creissac. Nous participions à l’élaboration d’une revue culturelle en occitan, qui s’appelait déjà Jorn, et qui nous a permis de connaître le grand écrivain Bernard Lesfargues, par ailleurs fondateur de la maison d’édition Fédérop. C’était un vrai mentor pour moi, quelqu’un avec une immense érudition mais très simple à la fois. Nous avons commencé à faire de la co-édition avec lui, puis nous nous sommes lancés dans l’aventure. »
Des classiques et des nouveautés
Dans cette maison d’édition associative, les rôles ont été répartis : à Jean-Paul Creissac la distribution et la gestion des envois, à Jean-Claude Forêt et Philippe Gardy le travail littéraire. Le catalogue de Jorn, qui compte une cinquantaine de références, se partage entre la réédition de certains classiques et la publication d’œuvres d’auteurs vivants. Le professeur d’occitan à l’université de Montpellier, Sylvain Chabaud, a par exemple publié trois ouvrages, et on assiste également à l’émergence de profils atypiques, qui n’ont jamais entendu parler occitan quand ils étaient jeunes et ont appris sur le tard cette langue. C’est le cas de l’écrivaine Maëlle Dupon, qui a publié avec talent La color lenta de pluèja (La couleur lente de la pluie).
Valoriser la langue
Pour Jean-Paul Creissac, la langue d’Oc n’est pas une nouveauté, mais bien une musique qu’il entend depuis fort longtemps : « Quand il sortait de sa maison à Montpeyroux, mon grand-père ne parlait que l’occitan, et ma grand-mère me berçait dans cette langue ! J’ai saisi l’importance de cet idiome au lycée Joffre de Montpellier, où j’effectuais ma scolarité. J’ai ressenti un véritable choc en assistant à une représentation de la pièce de théâtre "Mort et résurrection de monsieur Occitania". J’ai alors pris conscience que ce qu’on appelait le patois était une langue à part entière. »
Aujourd’hui, l’agriculteur-éditeur porte un regard contrasté sur l’évolution de la langue d’Oc dans notre société : « Régulièrement, l’occitan a été marqué par des périodes de renouveau, la dernière datant des félibres et de Frédéric Mistral. Actuellement, nous sommes bien sûr confrontés à une baisse drastique du nombre de locuteurs, mais – point positif – l’occitan est plus reconnu qu’avant par toutes les institutions. Il faut également saluer les initiatives des calandretas qui permettent aux jeunes d’apprendre cette langue si chantante. »
Un nouveau titre au catalogue
Depuis quelques semaines, un nouvel ouvrage est venu se rajouter au catalogue de la maison d’édition Jorn : Lo Maucòr de l’Unicòrn (Le tourment de la licorne, 18 €), de Max Rouquette (1908-2005). Natif d’Argelliers dans l’Hérault, l’auteur est un très grand nom de la littérature occitane de la seconde moitié du XXe siècle, et a même été un temps pressenti pour le prix Nobel. « Cet ouvrage, un recueil de poèmes écrit après-guerre, avait déjà été édité mais avec un certain nombre de coquilles et d’erreurs, explique Jean-Paul Creissac. Nous avons donc repris le travail en collaborant avec ses deux enfants, Jean-Guilhem et Michel. Le poète évoque la nature, les paysages languedociens, avec cette tonalité presque animiste qui le caractérise. » Comme beaucoup d’œuvres publiées par les éditions Jorn, le livre comprend le texte original en occitan et une traduction en français.
Éditions Jorn, 38 rue de la Dysse, 34150 Montpeyroux. Les ouvrages de la maison d’édition sont disponibles sur commande ou dans les deux librairies de Gignac et celle de Lodève. Contact : 04 67 96 64 79 ou contact@editions-jorn.com.



