Mayra Montero : un soir où Fischer n'est pas venu
Mayra Montero : le soir où Fischer n'est pas venu

Dans son nouveau roman, Le soir où Bobby Fischer n'est pas venu jouer, la romancière cubaine Mayra Montero plonge le lecteur dans une Havane fiévreuse des années 1960, où le destin d'un jeune Cubain bascule lors d'une partie d'échecs qui n'a jamais eu lieu. L'ouvrage, publié aux éditions Métailié, est disponible en librairie depuis le 2 janvier. En voici les premières pages, présentées en exclusivité.

Un rendez-vous manqué qui change une vie

L'histoire s'ouvre sur une promesse : celle d'un match d'exhibition entre le prodige américain Bobby Fischer et le champion local, Capablanca. Mais Fischer, retenu par des raisons politiques, ne viendra jamais. Ce rendez-vous manqué devient le point de départ d'une intrigue où se mêlent espionnage, passion et quête d'identité. Le jeune protagoniste, fasciné par les échecs, voit sa vie basculer lorsqu'il est recruté par les services secrets cubains pour approcher le champion.

Mayra Montero, connue pour son écriture sensuelle et politique, explore ici les coulisses de la guerre froide dans les Caraïbes. Avec une précision documentaire, elle restitue l'atmosphère de La Havane de l'époque, entre effervescence révolutionnaire et menaces d'invasion. Le roman, qui a reçu un accueil critique enthousiaste en Espagne, confirme le talent de l'auteure pour mêler histoire intime et grande Histoire.

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Une plongée dans l'univers des échecs

Au-delà de l'intrigue politique, le livre offre une véritable immersion dans le monde des échecs. Montero décrit avec minutie les parties, les stratégies, et la psychologie des joueurs. Elle s'attache à montrer comment ce jeu, souvent perçu comme cérébral, est aussi le théâtre de passions violentes et de rivalités personnelles. Le lecteur découvre les dessous d'un milieu fermé, où chaque coup peut être une question de vie ou de mort.

Les premières pages, que nous reproduisons, donnent le ton : une écriture dense, sensorielle, portée par un suspense constant. On y voit le narrateur, âgé d'une vingtaine d'années, se rendre au club d'échecs de La Havane, espérant y croiser son idole. Mais Fischer n'apparaît pas, et c'est un autre homme qui l'aborde : un agent de la sécurité d'État, qui lui propose un marché dangereux.

Un roman sur la mémoire et l'exil

Le soir où Bobby Fischer n'est pas venu jouer est aussi un roman sur la mémoire et l'exil. À travers le parcours de son héros, Mayra Montero interroge le rapport à la patrie, à la révolution, et à la liberté. Le personnage principal, pris dans les engrenages de l'histoire, devra choisir entre ses idéaux et sa survie. Un thème récurrent dans l'œuvre de l'écrivaine, qui vit aujourd'hui entre le Mexique et l'Espagne.

Selon l'éditeur, ce roman a nécessité plusieurs années de recherche, notamment sur les archives de la CIA et du KGB concernant les échecs pendant la guerre froide. « Montero a consulté des documents déclassifiés pour donner une épaisseur historique à son récit », précise-t-on chez Métailié. Le livre, qui compte 320 pages, est déjà salué par la critique comme l'un des meilleurs de l'auteure.

Un extrait à découvrir

Voici un extrait des premières pages, où l'on mesure l'écriture précise et évocatrice de Mayra Montero :

« Je l'attendais depuis des heures, comme tout le monde. La salle était pleine de fumée, de rumeurs, de paris. On disait qu'il avait refusé de venir, qu'il avait peur, qu'il était malade. Puis la nouvelle est tombée : Bobby Fischer ne viendrait pas. J'ai senti un vide immense, comme si quelque chose en moi s'était brisé. C'est à ce moment que l'homme s'est approché de moi. »

Ce passage illustre la tension qui parcourt le roman : l'attente, la déception, et l'irruption du destin sous les traits d'un inconnu. Un début prometteur pour un livre qui ne lâche pas le lecteur jusqu'à la dernière page.

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