Claire Koç : une voix qui célèbre le « paradis français » contre la morosité ambiante
Le parcours de Claire Koç est un témoignage puissant sur l'intégration et la redécouverte de la France. Journaliste d'origine turque naturalisée française en 2008, elle a publié en 2021 Claire, le prénom de la honte, un livre où elle racontait son travail d'intégration qui l'avait conduite à changer de prénom. Cet ouvrage lui avait valu des menaces de mort de la part d'activistes pro-Turcs, révélant les tensions identitaires auxquelles elle a dû faire face.
Une trilogie personnelle qui s'achève avec un hymne à la France
Deux ans plus tard, dans Le jour où je me suis convertie, elle confiait son cheminement spirituel qui l'avait menée vers la foi catholique. Son nouveau livre, Le paradis français (Éditions du Cerf), vient clore cette trilogie personnelle. C'est une flânerie charmante à travers les richesses dont regorge notre pays, que nous ne voulons pas toujours voir, et que Claire Koç nous invite à contempler avec des textes lumineux et des aquarelles qui évoquent les dessins de Sempé.
Le Point : Vous parlez de « paradis français » alors que le pays traverse une période de très haute tension. Ne craignez-vous pas de prendre les Français à contre-pied ?
Claire Koç : Mon discours va un peu à contre-courant de la morosité ambiante. C'est une volonté assumée. Nous avons trop souvent tendance à voir le verre à moitié vide, alors que pour moi, il est débordant. Je souhaite réenchanter le mot « patrie ». À écouter certains commentateurs, il s'agit-là d'un mot horrible, alors qu'il représente tout ce qu'un pays offre de merveilleux à ses citoyens et à ceux qu'il accueille.
Je fais partie de ces accueillies. Arrivée en France comme réfugiée politique à l'âge d'un an, j'ai appris le français au CP. Face au « cauchemar national » que certains évoquent à l'envi, je préfère célébrer le « roman national ».
Un parcours marqué par la persécution et l'exil
Dans quelles circonstances êtes-vous arrivée en France ? Mes parents sont issus de la minorité alévie en Turquie. C'est un courant de l'islam où les femmes ne sont pas voilées, où les hommes et les femmes se mélangent, et où l'on consomme du vin ou du raki lors des cérémonies. Ils sont souvent perçus comme de « mauvais musulmans » par les extrémistes.
Dans les années 80-90, il y a eu des pogroms en Turquie. Mes parents étaient des bergers d'Anatolie, originaires d'une région bombardée en 1938 pour être « turquifiée » de force. Face à ces persécutions et aux difficultés économiques, ils ont dû fuir.
Comment vos parents se sont-ils adaptés à la France ? Mon père est malheureusement décédé du Covid, mais ils ont vécu ici quarante ans. Pourtant, ils ne parlaient presque pas français. C'était difficile pour moi car, bien qu'élevée dans ce beau pays, mes parents me répétaient que ce n'était pas le nôtre. Ils refusaient que le français soit ma langue maternelle, alors que son usage reflétait mon sentiment profond. J'étais tiraillée.
La découverte du catholicisme et une conversion inattendue
Comment avez-vous découvert le catholicisme ? Par pur hasard, le jour de ma rentrée au CP à Rennes. Je m'étais égarée en cueillant des fleurs et je suis entrée dans une église dont les portes étaient ouvertes. Je suis tombée nez à nez avec une statue de la Vierge Marie portant l'enfant Jésus. Ce fut un coup de foudre spirituel immédiat. Ce visage m'a transpercé le cœur.
Pendant trente ans, j'ai continué à entrer dans les églises, à allumer des cierges et à prier avec mes propres mots, sans connaître les textes officiels. Puis, quand je suis devenue maman, j'ai voulu baptiser mon fils. Et à partir de là je me suis sentie légitime pour entamer mon catéchuménat.
Vous avez finalement été baptisée dans des circonstances assez particulières... Pouvez-vous nous raconter ? Oui, la cérémonie a eu lieu... aux Seychelles ! Nous y étions en vacances en mars 2020 quand le Covid a éclaté. Nous étions confinés là-bas. J'avais peur de mourir sans être chrétienne. Juste avant de prendre le dernier vol de rapatriement, nous sommes allés voir un prêtre dans une petite chapelle pleine de vie. Je lui ai expliqué ma situation. Il m'a regardée et m'a dit : « Bienvenue, mon enfant ». Il m'a baptisée sur-le-champ.
Défendre une identité française ouverte et spirituelle
Pour vous, qu'est-ce qu'être français en 2026 ? Être français, c'est aimer la France et, plus que jamais, la défendre. Elle est aujourd'hui attaquée de toutes parts. S'il est normal de critiquer son pays, il y a aussi un temps pour la gratitude et l'amour. Personnellement, je ne peux pas critiquer mon pays quand je suis à l'étranger. On lave son linge sale en famille, lors de réunions privées, mais devant le reste du monde, je reste solidaire, peu importe mon opinion sur le président en place.
Cette volonté d'intégration vous semble-t-elle moins flagrante aujourd'hui ? Le refus de s'intégrer n'est pas nouveau, mais l'échelle a changé. On accueille énormément, mais on ne prend plus la peine d'expliquer ce qu'est la France : sa cuisine, ses usages, sa culture. Pour moi, être français, c'est aussi cela. Quand je prends la voiture, j'écoute de la musique française. J'ai grandi avec MTV et la culture américaine, mais la chanson française – de Sardou à Polnareff – me touche par son romantisme et sa puissance. C'est une partie essentielle de notre identité.
Un message d'espoir et de transmission
Quel message souhaitez-vous transmettre ? Je veux contribuer au réenchantement de notre pays. Si nous continuons à sombrer dans la dépression et l'obscurité, que laisserons-nous à nos enfants ? Au-delà de l'écologie, quel pays allons-nous leur donner ? Je veux qu'ils soient fiers d'être français. Quand mon fils de trois ans chante la Marseillaise, j'en ai la chair de poule. C'est cette transmission-là qui compte. La France est un paradis à portée de regard, il suffit d'ouvrir les yeux.
Est-il difficile d'assumer sa foi aujourd'hui ? Avoir la foi n'est pas difficile, mais subir le regard des autres sur vous peut l'être. La foi chrétienne est souvent moquée. On nous prend pour des illuminés quand ce n'est pas des extrémistes. Combien de fois m'a-t-on traitée de « ravie de la crèche » ! Si j'étais bouddhiste, on trouverait cela « cool ».
Je distingue l'identité, qui est une addition de facettes (je suis femme, auteur, journaliste, mère, épouse et française), de l'identitarisme, qui est une obsession malsaine. À quoi attribuez-vous ce rejet ? C'est lié à notre histoire, mais aussi à une haine de soi chez certains « enfants biologiques » de la France. Certains Français de souche semblent détester ce qu'ils sont au point de vouloir en dégoûter les autres. Moi, qui ai un regard neuf et émerveillé sur ce pays, je trouve cela presque de l'ordre de la psychiatrie.



