Bathilde d'Orléans, la princesse oubliée entre Révolution et occultisme
Bathilde d'Orléans, princesse oubliée de l'Histoire

Bathilde d'Orléans, une figure historique injustement oubliée

Bathilde d'Orléans (1750-1822) représente assurément un personnage singulier dans l'histoire de France. Sœur de Philippe Égalité, ce député qui vota la mort de son cousin Louis XVI, cette princesse est également la tante de Louis-Philippe, le « roi citoyen » qui succéda à Charles X. Ce profil remarquable aurait dû lui valoir les honneurs de nombreuses biographies, pourtant son nom n'occupe qu'une place congrue dans les livres d'histoire.

Une présence discrète dans les archives historiques

« Elle ne figure, la plupart du temps, qu'en note de bas de page dans les biographies consacrées à ses proches », relève Nicolas Thomas-Aëck, qui en a fait l'héroïne d'un élégant roman historique. Sa mémoire était encore honorée au XIXe siècle de manière indirecte puisque son fils, Louis-Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien, fut fusillé dans les douves du château de Vincennes en 1804.

Bathilde d'Orléans ne saurait cependant être cantonnée à ce rôle de mère de celui que les royalistes considèrent comme un martyr, poursuit l'écrivain. Comme il le démontre dans son livre, la biographie de cette femme est des plus riches. Ne connut-elle pas à la fois les salons dorés de la cour et les geôles des prisons révolutionnaires ?

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Une princesse aux multiples contradictions

Avec grand style, ce primo-romancier de 46 ans restitue cette existence haute en couleur. S'il a choisi de consacrer à Bathilde, en recherches et en écriture, deux années de sa vie, c'est que son destin est emblématique de l'époque tourmentée qu'elle a traversée. « Ce qui m'a attiré chez elle, ce sont d'abord ses contradictions », souligne-t-il. « Bonne catholique, elle a aussi dirigé une loge maçonnique, fille des Lumières, elle n'en a pas moins versé dans l'occultisme », poursuit l'auteur, passé par l'école du Louvre.

Dernière originalité, et pas des moindres, Bathilde d'Orléans a vécu à la fois au Palais de l'Élysée... et à l'hôtel de Matignon ! D'une plume alerte, Nicolas Thomas-Aëck conte les nombreuses péripéties de la vie de cette princesse excentrique. Il restitue aussi le quotidien de ses contemporains.

La douceur de vivre au XVIIIe siècle

« Talleyrand a dit que celui qui n'a pas connu ces années du XVIIIe siècle ignore ce qu'est la véritable douceur de vivre. Sans doute n'était-elle pas partagée par tous… », écrit-il. Richement documenté, l'ouvrage de Nicolas Thomas-Aëck regorge de détails croustillants sur la manière dont on s'habillait, on mangeait et on aimait au XVIIIe siècle, dans la haute société.

Une passion dévorante pour l'occultisme

Le romancier croque, parallèlement, non sans impertinence, plusieurs des contemporains de Bathilde. À commencer par sa mère, Louise-Henriette de Bourbon-Conti, délurée duchesse de Chartres, dont Jean-Marc Nattier dressa le portrait dans le costume chatoyant d'Hébé, déesse de la jeunesse et de la vitalité.

Dans le sillage de cette mère, décédée dans des circonstances mystérieuses à l'âge de 32 ans, Bathilde a connu un destin qui offre un formidable matériau aux scénaristes de cinéma. Une enfance au couvent, un mariage rocambolesque avec le duc de Bourbon, célébré dans l'apparat mais qui tourna rapidement au désastre, puis une existence d'une étonnante liberté, loin de l'étiquette rigide de la cour.

Les coulisses du pouvoir pré-révolutionnaire

À la faveur d'une trentaine de chapitres courts, le lecteur en apprendra beaucoup sur les coulisses du pouvoir dans cette France sur le point de basculer. Et il apprendra à aimer cette femme qui ne se contenta pas de pratiquer le clavecin et de composer des partitions dédiées à Mozart. Animée de passions successives, Bathilde d'Orléans se plongea avec ferveur dans l'étude du magnétisme animal. Persuadée de posséder des facultés de communication hors norme, cette femme vécut toute sa vie entourée d'intrigantes personnalités se targuant de facultés surnaturelles.

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Engagement politique et exil forcé

Si elle chercha dans les forces invisibles une explication aux bouleversements du monde, elle participa également aux débats politiques de son temps. Non contente de refuser d'envisager la Révolution de 1789 comme une menace, elle partagea, avec son frère, l'espoir de voir surgir une société nouvelle au lendemain de la chute de la monarchie.

Elle alla jusqu'à renoncer à ses titres de noblesse, faisant don d'une partie de sa fortune à la Nation et y gagna ce surnom de « princesse Vérité » qui fait aujourd'hui sourire. Elle rédigea aussi une profession de foi républicaine en seize articles. « Un projet fantasmatique qu'elle appelait ses chimères de gouvernement », décrit Nicolas Thomas-Aëck.

La Terreur ne l'épargna pourtant pas. En 1793, elle fut emprisonnée avec sa famille à Marseille et vécut près de deux ans et demi sous les fers. Si elle échappa à la guillotine, elle n'en fut pas moins condamnée à l'exil en Espagne sous le Directoire, vivant dans une relative pauvreté loin de ses terres et de son luxe passé.

Drame familial et engagement charitable

Le coup de grâce vint cependant de l'Empire. En 1804, son fils unique, le duc d'Enghien, enlevé en territoire étranger fut exécuté dans les fossés du château de Vincennes sur ordre de Bonaparte. Ce drame personnel devait briser la foi de Bathilde dans la politique mais éveiller chez elle une forme de mysticisme qui la poussa à s'abandonner à ce qu'elle nommait la Providence. Elle passa le reste de sa vie à administrer des œuvres de charité dans le plus grand anonymat.

Revenue en France à la chute de Napoléon, c'est presque en catimini qu'elle s'installa à l'Hôtel Matignon où, malgré trente-cinq ans de séparation, elle proposa au duc de Bourbon de la rejoindre. En vain. Quel secret conservait-elle dans son journal ? À la mort de Bathilde (et à la veille de son accession au pouvoir), Louis-Philippe fit brûler les mémoires de cette princesse étonnante. Ne nous restent de ses écrits qu'une centaine de lettres à son dernier amant qui ont servi de trame à cet utile roman.