Atiq Rahimi : comment l'écriture l'a sauvé du suicide dans le Gange
Atiq Rahimi sauvé par l'écriture après un film avorté

Le salut par l'écriture : le parcours bouleversant d'Atiq Rahimi

« Je suis là pour me jeter dans le fleuve, et m’en aller », écrit le narrateur cinéaste qui ouvre ce livre salvateur. Derrière ces mots ne se cache pas seulement un personnage, mais bien Atiq Rahimi lui-même, auteur afghan en exil, qui confie son destin au lecteur dans un récit d'une intimité déchirante.

Un film avorté aux sources du roman

Son Kabuliwalla, c’est moi trouve son origine dans un projet cinématographique qui n'a jamais vu le jour. Pendant deux années, Rahimi a travaillé à l'adaptation d'une nouvelle de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913. Cette œuvre classique raconte l'histoire d'un réfugié afghan à Calcutta, un « Kabuliwalla » – terme désignant les Afghans émigrés en Inde sous l'empire britannique.

Mais le destin en a décidé autrement : des désaccords de production et l'arrivée de la mousson ont eu raison du film. Le cinéaste, désespéré, se retrouve au bord du Gange, prêt à mettre fin à ses jours.

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La vision qui a tout changé

Face au fleuve sacré, une vision vient interrompre son mouvement vers la mort. Parce qu'il est à la fois cinéaste et écrivain, c'est finalement l'écriture qui le sauve. Dans son livre, Rahimi raconte cette révélation : « Rahmat, c'est toi. Ne le filme pas comme un autre. N'écris pas pour fuir. Raconte ton histoire. Même à travers lui. »

Cette injonction intérieure donne naissance à un roman poétique et magnifique, écrit comme un conte habité par une tragédie humaine personnelle. Rahmat, le personnage principal, a quitté l'Afghanistan pour tenter de retrouver l'âme de sa petite fille perdue, choisissant cette Inde où l'on croit en la réincarnation.

Une histoire universelle de l'exil

Le récit transcende l'expérience individuelle pour embrasser le destin universel de tout migrant. Il explore la culpabilité de celui qui laisse les siens derrière lui, particulièrement poignant pour un Afghan devenu ennemi et bouc émissaire après les attentats du 11 septembre 2001.

Ce roman ne se raconte pas, il s'aspire. Il transforme la réalité qui a failli broyer un homme, la transcendant par la puissance de l'art. La réalité personnelle de Rahimi devient ainsi le matériau d'une œuvre qui parle à tous ceux qui ont connu la séparation, la perte et la recherche d'identité.

Un événement littéraire à venir

Kabuliwalla, c'est moi, publié aux éditions POL (224 pages, 19 €), sera au cœur d'une rencontre exceptionnelle. « Visages de l'exil : être étranger à l'autre » réunira Jérôme Ferrari et Atiq Rahimi le 18 avril 2026 à 13h00 au Grand Palais. Un dialogue prometteur entre deux grands auteurs contemporains sur les thèmes de l'exil et de l'altérité.

À travers ce livre, Atiq Rahimi nous offre bien plus qu'un simple roman : un témoignage vibrant sur la résilience par l'art, un pont jeté entre les cultures, et une preuve éclatante que la création peut surgir des plus profonds désespoirs.

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