Mère Brazier : le charme réinventé d’une icône lyonnaise
Mère Brazier : le charme réinventé d’une icône

Soixante ans après sa disparition, la figure emblématique de la gastronomie lyonnaise, Eugénie Brazier, dite « Mère Brazier », connaît une résurrection inattendue. Son célèbre restaurant du quartier de la Croix-Rousse, racheté en 2020 par un collectif de jeunes chefs, a rouvert ses portes en juin 2026 avec une carte qui mêle hommage et modernité. Le lieu, inscrit aux monuments historiques, attire une clientèle renouvelée, séduite par l’alliance entre patrimoine et créativité.

Une pionnière aux trois étoiles

Née en 1895 à La Tranclière, dans l’Ain, Eugénie Brazier a marqué l’histoire de la cuisine française. En 1933, elle devient la première femme à décrocher trois étoiles au Guide Michelin, un exploit qu’elle renouvelle en 1935. Sa cuisine, ancrée dans le terroir lyonnais, mettait à l’honneur des plats emblématiques comme la volaille demi-deuil, le gratin de quenelles ou la tarte aux pralines. « Elle a imposé une rigueur et une authenticité qui restent une référence, même aujourd’hui », souligne le critique gastronomique François-Régis Gaudry, auteur d’un ouvrage sur les grandes figures culinaires.

Un renouveau porté par la jeune génération

Après des années de fermeture et une tentative de reprise avortée en 2015, le restaurant a été confié à trois chefs lyonnais de moins de 35 ans : Camille Faye, Thomas Girard et Lisa Perrin. Leur projet : « moderniser sans trahir ». La carte actuelle, lancée en juillet 2026, conserve six plats originaux de la Mère Brazier, mais les décline en versions assaisonnées d’influences végétales et méditerranéennes. Par exemple, la volaille demi-deuil est servie avec une sauce aux herbes et un consommé de légumes de saison. « Nous voulons que les clients redécouvrent le génie de Mère Brazier à travers notre regard, sans perdre l’âme de sa cuisine », explique Camille Faye, la cheffe exécutive.

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Un impact économique et touristique

Cette renaissance a des retombées concrètes. Selon l’Office du tourisme de Lyon, la fréquentation du quartier de la Croix-Rousse a augmenté de 18 % depuis la réouverture du restaurant. Le nombre de couverts servis par jour est passé de 40 à 80, avec un prix moyen de 85 euros par personne. Les réserves de produits locaux, comme les volailles de Bresse ou les fromages de la région, ont été augmentées de 30 % pour répondre à la demande. « C’est un moteur pour toute la filière gastronomique lyonnaise », affirme Pierre-Olivier Lemaire, président de l’association Toques & Terroir.

Un hommage qui dépasse les frontières

La réinvention de Mère Brazier ne se limite pas à son restaurant. Un musée temporaire, installé dans l’ancienne salle de dégustation, retrace sa vie et son héritage. Des ateliers culinaires sont organisés chaque semaine, attirant des touristes étrangers, notamment japonais et américains. En août 2026, un dîner caritatif réunissant douze chefs étoilés de la région a permis de collecter 50 000 euros pour la formation de jeunes cuisiniers. « Mère Brazier est plus qu’une chef, c’est un symbole de transmission », conclut le collectif de repreneurs.

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