Riviera 76 : le documentaire inédit qui ressuscite le Woodstock varois 50 ans après
Riviera 76 : le docu inédit sur le Woodstock varois 50 ans après

Un documentaire exceptionnel, disponible sur france.tv dès ce vendredi 24 juillet, fait revivre le festival Riviera 76, tentative de Woodstock à la française qui s'est déroulée du 24 au 26 juillet 1976 sur le circuit automobile Paul-Ricard, au Castellet. Cinquante ans après, les images inédites de ce festival tombé dans l'oubli sortent de l'ombre, grâce à une incroyable chasse au trésor.

Des bobines oubliées dans une cave parisienne

153 boîtes couvertes de poussière, contenant près de 300 bobines rongées par le temps, ont été découvertes dans une cave parisienne. Ces pellicules devaient immortaliser le plus grand festival de musique jamais organisé en France, imaginé par Michael Lang, le créateur du mythique Woodstock américain de 1969. L'aventure a tourné au fiasco, le film n'a jamais été monté et les images ont disparu jusqu'à aujourd'hui.

La découverte a été faite par Alma Productions, qui enquêtait sur Betty Davis. Le producteur Laurent Poudroux cherchait des images de concert de cette chanteuse funk, dont les captations sont rarissimes. Leurs recherches les ont conduits jusqu'à Martine Fabre, monteuse qui devait réaliser le film officiel de Riviera 76 en 1976. Dans sa cave, les rushs originaux du festival, abandonnés depuis cinquante ans.

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Un travail de restauration titanesque

L'INA (Institut national de l'audiovisuel) a relevé un défi inédit. Pendant près de deux ans, une quarantaine de spécialistes – documentalistes, restaurateurs, ingénieurs du son, étalonneurs, techniciens image ou experts juridiques – ont travaillé sur ce fonds hors-norme. « Ce n'étaient pas des archives diffusées mais des rushs, restés à l'état brut. C'est un projet qui nous a demandé d'aller sur des terrains inconnus », explique Benjamin Lerena, responsable des projets de numérisation et de restauration à l'INA, qui coproduit le film.

Certaines pellicules étaient gondolées, d'autres desséchées par le « syndrome du vinaigre ». Les couleurs avaient viré au magenta, les bandes-son étaient séparées des images, sans aucun classement cohérent. Chaque bobine a nécessité jusqu'à trois semaines de restauration : réparation, nettoyage, numérisation, recherche des sons correspondants, resynchronisation des concerts caméra par caméra.

Des images inédites de Joe Cocker, Betty Davis et l'ambiance hippie

Le documentaire dévoile des images jamais vues de Joe Cocker, silhouette fatiguée, démarche hésitante, quittant la scène après seulement quelques chansons. À l'opposé, Betty Davis explose littéralement l'écran, féline, sensuelle, électrique, dans une prestation devenue mythique. Magma distille ses notes devant des festivaliers épuisés à 4 heures du matin, alors que l'aube pointe.

La caméra s'attarde sur les visages durant ces 36 heures de jazz-rock : des adolescents couchés dans la poussière du circuit Paul-Ricard, des baigneurs nus dans le bassin de rétention transformé en piscine improvisée, trois petits garçons du Castellet observant interloqués cette invasion hippie. « Je voulais raconter la vie quotidienne des festivaliers. Je crois que les jeunes d'aujourd'hui vont trouver ça complètement lunaire », sourit Christophe Duchiron, réalisateur du documentaire.

Une utopie varoise qui tourne au fiasco

Riviera 76 n'est pas seulement une succession de concerts : c'est une capsule temporelle. On y retrouve l'utopie des dernières grandes migrations hippies, les espoirs d'une génération persuadée de vivre son Woodstock français, avant que les difficultés financières, les resquilleurs et même le milieu varois avec Jean-Louis Fargette ne viennent faire dérailler le rêve.

Deux cent mille spectateurs étaient attendus, ils seront à peine vingt à trente mille. Les artistes, parmi lesquels Larry Coryell, Lenny White, Shakti, Crusaders, Eddie Palmieri ou Magma, ne seront parfois jamais payés. Une deuxième édition est annoncée avant d'être définitivement abandonnée. Le festival disparaît presque aussitôt de la mémoire collective.

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« En redonnant vie à ces images, on redonne vie à un événement culturel qui était complètement sorti des radars », souligne Christophe Duchiron, qui s'est appuyé sur le journal Var-matin pour retrouver les témoins de l'époque. Plusieurs festivaliers ont ainsi pu être identifiés et participent aujourd'hui au récit, tout comme Daniel Alfandari, plume de Var-matin des années 70 à 90.

Cinquante ans plus tard, Riviera 76 n'est plus seulement le Woodstock oublié de Provence. C'est le film fantôme que personne n'avait vu. Jusqu'à aujourd'hui.