Le photographe belge Harry Gruyaert, figure majeure de la photographie couleur, dénonce notre obsession pour les écrans. « Les gens ratent toute cette beauté pour se focaliser sur leur téléphone », déclare-t-il dans un entretien au Monde. À 83 ans, l'artiste continue de capturer des scènes urbaines vibrantes, où la lumière et les couleurs révèlent une poésie du quotidien.
Un regard unique sur les villes
Gruyaert, membre de l'agence Magnum depuis 1982, est connu pour ses compositions audacieuses. Ses clichés, souvent pris dans les rues d'Anvers, Paris ou New York, transforment des instants banals en œuvres d'art. « Ce qui m'intéresse, c'est le hasard, l'instant où tout s'aligne », explique-t-il. Sa dernière exposition, « L'Œil absolu », présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson, rassemble 80 tirages réalisés entre 1970 et 2020.
La critique de la société connectée
L'artiste s'inquiète de l'impact des smartphones sur notre perception. « Les gens marchent dans la rue, le nez collé à leur écran. Ils ne voient rien de ce qui les entoure », regrette-t-il. Selon lui, cette dépendance nous prive de la beauté du monde. « Chaque rue offre un spectacle, il suffit de lever les yeux », insiste-t-il. Une étude récente menée par l'Université de Washington indique que 70 % des piétons utilisent leur téléphone en marchant, ce qui réduit leur attention visuelle de 50 %.
Un héritage photographique
Né à Anvers en 1941, Gruyaert a commencé sa carrière comme assistant de photographe de mode. Il se tourne rapidement vers le reportage et la photographie de rue. Influencé par le cinéma et la peinture, il développe un style où les couleurs saturées créent une atmosphère surréaliste. « La couleur est une émotion », affirme-t-il. Son travail a influencé toute une génération de photographes, dont Martin Parr et William Eggleston.
Une exposition à ne pas manquer
L'exposition « L'Œil absolu » se tient jusqu'au 30 septembre 2026. Elle propose un parcours chronologique, des premières expérimentations en noir et blanc aux chefs-d'œuvre en couleur. Le commissaire de l'exposition, Clément Chéroux, souligne : « Harry a cette capacité à saisir l'extraordinaire dans l'ordinaire. » Les visiteurs peuvent également découvrir un film documentaire sur l'artiste, réalisé par sa fille, la cinéaste Sarah Gruyaert.
Un appel à la contemplation
Pour Gruyaert, la photographie est un acte de résistance contre la frénésie moderne. « Prenez le temps de regarder, de vous émerveiller », conseille-t-il. Son œuvre nous rappelle que la beauté est partout, même dans les détails les plus insignifiants. « Un reflet dans une flaque, une ombre sur un mur, c'est tout un monde », conclut-il. Une leçon de vie que chacun peut appliquer au quotidien.



