En juin 2026, une dizaine de membres de l'association mentonnaise A.D.E. Méditerranée a reçu l'autorisation de fouiller la zone marine autour du Bastion, un ouvrage militaire édifié entre 1636 et 1639 sur ordre d'Honoré II de Grimaldi, prince de Monaco. Transformé en musée Cocteau depuis 1966, ce fortin conserve des secrets historiques que les chercheurs tentent de percer.
Un fort témoin de l'histoire mouvementée de la Méditerranée
Le Bastion, initialement isolé du rivage et relié à la terre par des passerelles en bois, a connu plusieurs vies : prison après la Révolution de 1848 et pendant la Seconde Guerre mondiale, entrepôt à sel, phare, puis musée. Les archives municipales révèlent que Menton, propriété de Charles Grimaldi de 1346 jusqu'à son rattachement à la France en 1861, vivait de l'exportation de citrons par bateau, attirant convoitises et piraterie. Les corsaires barbaresques et sarrasins aux XVIe et XVIIe siècles ont mené des attaques, razzias et kidnappings de Mentonnais, vendus comme esclaves en Afrique après enregistrement au Comptoir de Malte.
Les fouilles et premières découvertes
Grâce à une autorisation du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), l'association a effectué une quinzaine de plongées sur une zone de 4 km² côté est du Bastion, jusqu'à 30 mètres de profondeur. Les plongeurs ont été surpris par la qualité de l'eau : « Le sable est blanc, d'une beauté similaire au sable des Caraïbes », s'exclame Bernard Peyrano, président de l'association. Les Posidonies atteignent plus d'un mètre de hauteur, témoignant d'une biodiversité exceptionnelle. Almudena Arellano, docteure en archéologie et responsable scientifique, explique que ce sable blanc provient des sédiments apportés par le courant ligure, contrairement aux rochers locaux issus du grès de l'Oligocène, vieux de 35 millions d'années.
Les fouilles ont mis au jour des objets de la vie quotidienne de différentes périodes, suggérant « une vie réelle maritime », selon Arellano. Ces pièces doivent être analysées et datées pour établir un lien avec le Bastion et comprendre l'interaction entre la vie terrestre et marine, comme l'arrivée des chaloupes ou les systèmes de quai. Les archives étant fragmentées, les chercheurs pourraient consulter des sources italiennes ou maltaises, car c'est là que les esclaves étaient vendus.
Poursuite des recherches avec un drone sous-marin
Les recherches se poursuivront jusqu'à la fin de l'année avec un drone sous-marin équipé d'un GPS et d'un système de bathymétrie, capable de descendre jusqu'à 200 mètres. L'objectif est d'explorer la partie ouest et de remettre le Bastion dans son contexte originel. Des analyses de sables et de roches seront menées en collaboration avec l'Université de Gênes. L'association prévoit également une exposition en 2027 et un programme scolaire dès la rentrée pour faire connaître l'histoire du Bastion aux Mentonnais.



