Antibes : une exposition inédite sur Hartung et Bergman dévoile les voix de la critique
Expo Hartung-Bergman : les voix de la critique à Antibes

Une exposition qui donne la parole à la critique

Pour son été 2026, la Fondation Hans Hartung et Anna-Eva Bergman, nichée dans une oliveraie d'Antibes, propose une exposition intitulée « Les voix de leurs œuvres ». Celle-ci offre un regard nouveau sur ce couple d'artistes mythiques en mettant en scène leurs archives et en confrontant leurs toiles aux jugements – parfois féroces, parfois sublimes – de la critique.

Un refuge de lumière et de modernité

La fondation est un bastion de modernité blanche au cœur d'une oliveraie multicentenaire de Blanquetiers, aux feuilles d'argent typiques d'Antibes. Hans Hartung (1904-1989) et Anna-Eva Bergman (1909-1987) y ont conçu leur vie comme une œuvre totale, où l'architecture des ateliers répondait au tracé des branches. Mais derrière la sérénité du lieu et le succès planétaire du couple se cache une bataille de mots, d'éloges et de malentendus.

Plongée dans les archives

L'exposition « Les voix de leurs œuvres », ouverte début mai, bouscule l'idée que l'abstraction gestuelle de Hartung ou les horizons métalliques de Bergman se suffisaient à eux-mêmes. « Toute création comporte sa part d'adresse, elle se propose à un regard, et ce regard n'arrive jamais vierge », rappellent les commissaires Christine Lamothe et Thomas Schlesser. Autour des peintures s'élèvent les voix de la « polyphonie » critique puisée dans les archives de la fondation. Le visiteur découvre que la gloire du couple ne fut ni immédiate ni linéaire, mais le fruit d'une « trajectoire lente », faite de résistances et d'une lucidité stratégique, notamment via leur collaboration avec la Galerie de France dès les années 1950.

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Des critiques oubliées remises en lumière

Le parcours fait la part belle à des signatures oubliées, loin des pontes comme Pierre Restany ou Michel Ragon. La plus vibrante est celle de Dominique Aubier, critique iconoclaste aux lectures quasi ésotériques, qui voyait dans les surfaces d'or et d'argent de Bergman « la parure des vérités profondes ». Dans la grande galerie dédiée à l'artiste norvégienne, on reste saisi devant « L'Étoile » (1956), acquisition récente de la fondation, invisible depuis 1948. Une œuvre centrifuge qui semble vibrer sous les mots de Pierre Daix, pour qui, chez Bergman, « la lumière parle ».

Hartung : de la phobie de l'orage à la maîtrise du temps

Côté Hartung, l'exposition propose une immersion pédagogique exceptionnelle. On y découvre le paradoxe du maître de l'abstraction : une spontanéité ultra-calculée. Grâce à la réunion inédite de dessins préparatoires et de toiles monumentales (notamment un prêt de la collection Domnick), on comprend comment Hartung reproduisait à l'huile, avec une précision de miniaturiste, le jet spontané d'une encre de Chine. Thomas Schlesser, directeur de la fondation, raconte une anecdote clé : enfant, Hartung dessinait les éclairs pour conjurer sa peur du tonnerre. Cette urgence de saisir le flux électrique se retrouve dans ses toiles réalisées à l'aide de branches de genêts ou de sulfateuses de jardin.

L'atelier conservé intact et un tombeau poétique

Le point d'orgue de la visite reste l'atelier de Hans Hartung, rien n'est reconstitué, tout est demeuré en l'état. On y découvre ses béquilles, son fauteuil roulant « bricolé » à partir d'un siège de voiture, ses pinceaux géants et ses fameux bacs d'expérimentation. On apprend que l'artiste chronométrait le séchage de ses peintures (environ 5, 10 ou 20 minutes) pour obtenir l'effet de grattage parfait. La visite s'achève dans une salle poignante, baptisée « Le tombeau », où les urnes funéraires du couple côtoient leurs derniers objets : une édition d'Arthur Rimbaud offerte par Sonia Delaunay, un petit ours en peluche d'Henri-Georges Clouzot, et leurs ultimes toiles placées face à face pour l'éternité.

L'énigme du bac retrouvé

Lors de la rénovation des caves de la villa, Thomas Schlesser a mis la main sur un objet mythique que l'on croyait perdu : un bac de peinture que Hartung avait décrété « œuvre d'art » dans un geste à la Marcel Duchamp. Retrouvé sous des décennies de poussière, ce témoin de l'humour et de l'audace de l'artiste est aujourd'hui fièrement accroché aux murs de la fondation.

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Informations pratiques

L'exposition « Les voix de leurs œuvres : Bergman, Hartung et la critique » se tient à la Fondation Hartung-Bergman, 173 chemin du Valbosquet, Antibes, jusqu'au 25 septembre 2026. Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 18h, exceptionnellement le week-end du 30-31 mai. Renseignements sur www.fondationhartungbergman.fr. La fondation prépare une extension majeure pour juin 2027.