Le Musée d'art contemporain d'Anvers (M HKA) présente jusqu'au 8 novembre 2026 une rétrospective consacrée à Nicola L., artiste franco-américaine disparue en 2018. Intitulée « Nicola L. : La peau des choses », l'exposition rassemble plus de 120 œuvres réalisées entre 1965 et 2018, dont des sculptures, des installations, des films et des dessins. Elle met en lumière une figure majeure mais longtemps méconnue du féminisme artistique, qui a utilisé le corps comme matériau politique dès les années 1960.
Une pionnière du féminisme dans l'art
Nicola L., de son vrai nom Nicola Leutwyler, est née à Paris en 1932. Dès ses débuts, elle s'oppose aux conventions artistiques et sociales. Ses œuvres, souvent qualifiées de « fonctionnelles », intègrent des éléments du quotidien : chaises, canapés, vêtements. Mais ces objets sont détournés pour interroger la place du corps, notamment féminin, dans la société. Sa série la plus célèbre, « Pénétrables », créée en 1969, consiste en des sculptures en vinyle souple que les spectateurs peuvent pénétrer, évoquant à la fois l'intimité et l'aliénation.
Une exposition qui fait écho à l'actualité
Le commissaire de l'exposition, Anders Kreuger, explique : « Nicola L. a anticipé de plusieurs décennies les débats contemporains sur le genre et le corps. Son œuvre est plus que jamais pertinente, à l'heure où les droits des femmes sont remis en question dans de nombreux pays. » L'exposition s'inscrit dans une programmation qui vise à réhabiliter des artistes femmes oubliées de l'histoire de l'art. Elle bénéficie du soutien de la Fondation Nicola L., créée en 2019, qui a prêté la majorité des œuvres.
Des œuvres qui interpellent le visiteur
Parmi les pièces marquantes, on trouve « Le Tapis de bain » (1966), un tapis en caoutchouc représentant un corps féminin allongé, invitant le visiteur à marcher dessus, ou encore « La Robe-télévision » (1972), une robe en vinyle équipée d'un écran diffusant des images du visage de l'artiste. Ces œuvres, à la fois poétiques et critiques, dénoncent la marchandisation du corps féminin et la pression sociale sur les femmes. L'exposition propose également une salle immersive où sont projetés des films expérimentaux de l'artiste, dont « La Femme-élastique » (1975), qui montre des corps déformés par des élastiques.
Un parcours chronologique et thématique
Le parcours de l'exposition est organisé en sections thématiques : « Corps en morceaux », « Objets du désir », « Féminismes », « Utopies ». Chaque section explore une facette de l'œuvre de Nicola L., de ses premières peintures figuratives aux installations interactives de la fin de sa vie. Des documents d'archives, dont des lettres et des photographies, éclairent son processus créatif et ses collaborations avec d'autres artistes féministes, comme Carolee Schneemann ou Judy Chicago.
Un succès critique et public
Depuis son ouverture le 12 juin, l'exposition a attiré plus de 40 000 visiteurs, un record pour le musée. La critique internationale a salué « une redécouverte essentielle » (The Art Newspaper) et « une œuvre d'une modernité saisissante » (Artforum). Le musée a également organisé des visites guidées thématiques et des ateliers pour les familles, afin de rendre l'œuvre accessible à tous.
Enjeux actuels
Cette rétrospective intervient dans un contexte de montée des mouvements conservateurs en Europe et aux États-Unis, qui remettent en cause les acquis du féminisme. L'œuvre de Nicola L., qui milite pour la liberté de disposer de son corps, résonne avec les luttes actuelles pour le droit à l'avortement ou contre les violences sexistes. Le musée a d'ailleurs programmé des rencontres avec des militantes féministes et des artistes contemporaines, comme la Française ORLAN, qui revendique l'héritage de Nicola L.
Informations pratiques
L'exposition « Nicola L. : La peau des choses » est visible au Musée d'art contemporain d'Anvers (M HKA), Leuvenstraat 32, 2000 Anvers, jusqu'au 8 novembre 2026. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Tarif : 12 euros, tarif réduit 8 euros. Le catalogue de l'exposition, coédité avec les éditions Koenig, est disponible à la librairie du musée.



