Alors que les injections contre l'obésité, comme l'Ozempic, ont révolutionné le traitement de la maladie, les laboratoires pharmaceutiques se tournent désormais vers une nouvelle génération de médicaments : les comprimés oraux. Cette évolution pourrait transformer l'accès aux traitements et ouvrir un marché colossal, estimé à 130 milliards de dollars d'ici 2030, selon les analystes.
Une course à l'oral pour remplacer les injections
Les traitements actuels, à base de sémaglutide ou de tirzepatide, sont administrés par injection sous-cutanée hebdomadaire. Bien qu'efficaces, ils présentent des inconvénients : la production est complexe et coûteuse, et de nombreux patients redoutent les aiguilles. Les comprimés oraux, en revanche, sont plus faciles à fabriquer, à transporter et à administrer, ce qui pourrait réduire les coûts et améliorer l'observance.
Plusieurs laboratoires, dont Novo Nordisk et Eli Lilly, les leaders du secteur, investissent massivement dans cette voie. Novo Nordisk a déjà commercialisé Rybelsus, une version orale du sémaglutide, mais avec une biodisponibilité moindre. Eli Lilly teste actuellement l'orforglipron, un composé oral qui ne nécessite pas de réfrigération et pourrait être produit à grande échelle.
Des enjeux de production et de prix
La production de ces comprimés repose sur des molécules de type GLP-1, mais aussi sur de nouvelles cibles comme GIP et l'amyline. Selon les experts, l'oral pourrait réduire les coûts de production de 20 à 30 % par rapport aux injectables, grâce à des procédés plus simples. Cependant, les défis restent importants : la stabilité des molécules dans le tube digestif et l'absorption optimale sont des obstacles techniques majeurs.
Le prix reste un enjeu crucial. Aux États-Unis, les injections coûtent entre 900 et 1 300 dollars par mois, ce qui limite l'accès. Les comprimés, s'ils sont moins chers, pourraient élargir le marché, notamment dans les pays à revenus intermédiaires. "C'est un changement de paradigme : nous passons d'un traitement de niche à un traitement de masse", explique un analyste de la banque d'investissement Jefferies.
Un marché en pleine explosion
Le marché des médicaments anti-obésité est en pleine explosion. Selon les projections, il pourrait atteindre 130 milliards de dollars d'ici 2030, contre environ 30 milliards en 2024. Cette croissance attire de nombreux acteurs, dont des biotechs comme Amgen et Pfizer, qui développent leurs propres candidats oraux.
Les enjeux sont considérables pour les systèmes de santé. L'obésité touche plus d'un milliard de personnes dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé. Les traitements oraux pourraient réduire les complications liées à l'obésité, comme le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires, mais leur coût global pourrait peser sur les budgets publics.
Vers une nouvelle ère thérapeutique ?
Les experts préviennent que les comprimés ne remplaceront pas immédiatement les injections. Les études cliniques doivent confirmer leur efficacité à long terme et leur sécurité, notamment en ce qui concerne les effets secondaires gastro-intestinaux. Néanmoins, la course est lancée, et les premiers résultats devraient être publiés d'ici 2027.
En attendant, les patients et les médecins attendent avec impatience ces alternatives. "L'oral est une avancée majeure pour nos patients, qui sont souvent réticents aux injections", souligne le Dr Sophie Martin, endocrinologue à l'hôpital de Lyon. "Cela pourrait changer leur vie."



