Chez Fayard, des auteurs en lutte pour récupérer leurs droits
Auteurs chez Fayard : la bataille pour leurs droits

Une bataille après l'autre : les auteurs chez Fayard

Les écrivains qui ont claqué la porte de Grasset mi-avril 2026 suivent de près l'offensive menée à bas bruit chez Fayard, autre maison d'édition dans le giron de Vincent Bolloré. Des auteurs tentent d'y récupérer les droits sur leurs livres, une quête rarement de tout repos.

Des situations variées

Entre ceux ayant signé pour un futur ouvrage, parfois avec une avance, et d'autres souhaitant reprendre le contrôle de publications passées, les cas diffèrent. L'historien Pascal Blanchard confie à l'AFP que l'expérience est « très difficile ». Il fait partie de ceux qui ont lancé ce combat après l'arrivée en 2024 de Lise Boëll, éditrice d'Éric Zemmour, à la tête de Fayard.

Plusieurs mois de tractations lui ont été nécessaires pour récupérer les droits sur un ouvrage collectif sur François Mitterrand et se délier de ses obligations pour un livre sur les États-Unis. « Il faut être extrêmement patient même si, en tant qu'historien, on est habitués au temps long », plaisante-t-il.

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Un mouvement discret mais réel

Difficile de savoir combien d'auteurs ont suivi cette voie pour rompre avec cette maison centenaire appartenant, comme Grasset, à Hachette Livre, contrôlé depuis 2023 par Vincent Bolloré. Selon l'historien Jean-Yves Mollier, 65 universitaires ont signé un courrier demandant la « restitution des droits des ouvrages » et dénonçant la « dérive idéologique » de Fayard, fleuron des sciences humaines. Contacté, Fayard n'a pas donné suite.

Jean-Yves Mollier a obtenu gain de cause de manière singulière, après le tollé provoqué par la suppression d'une partie d'un entretien publié fin février 2026 par Livres Hebdo. Il y évoquait des « pressions » chez Grasset depuis son rachat par Vivendi. « Il y a eu une telle levée de boucliers que, le lendemain, Fayard m'a écrit pour me rendre mes droits, chose qui m'avait été refusée jusque-là », raconte-t-il à l'AFP. « J'ai 78 ans et le plus important pour moi, c'est ma réputation. »

Un chemin escarpé pour les auteurs

Ce combat n'a pas échappé aux quelque 200 auteurs qui ont quitté Grasset après le limogeage de son PDG Olivier Nora. Ils examinent leurs moyens d'action pour récupérer leurs droits. « Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient (la) propriété » de Vincent Bolloré, proclame leur lettre commune.

Hormis pour les stars de l'édition, le chemin promet d'être escarpé. Légalement, une maison d'édition reste propriétaire des droits 70 ans après la mort de l'auteur, même si une réforme de 2014 permet aux écrivains de rompre ce lien quand l'éditeur ne respecte pas certaines obligations (promotion des ouvrages, communication sur les ventes...).

Vers une clause de conscience ?

« C'est une réforme qui a été négociée afin d'offrir un certain équilibre entre l'éditeur, qui prend un risque économique important, et l'auteur qui lui confie son œuvre », explique à l'AFP Pauline Menez, avocate spécialisée. Le scénario d'un changement d'actionnariat n'a pas été codifié dans la loi. Certaines voix réclament aujourd'hui l'introduction d'une « clause de conscience », comme pour les journalistes, qui permettrait aux auteurs de se libérer de leur éditeur dans ce cas de figure.

Sans aller jusque-là, la ministre de la Culture Catherine Pégard a jugé, le 29 avril 2026, « légitime » de s'interroger sur la rupture du lien entre auteurs et éditeurs « quand la politique éditoriale est brutalement modifiée ».

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